[
  
    {
      "title"  : "La vie de Shau-Jin Chang",
      "url"    : "/fr/posts/Shau-Jin/",
      "date"   : "26 January 2025",
      "image"  : "/images/Shau-Jin.jpg",
      "content"  : "Par Ying-Ying ChangLe 26 janvier 2025Shau-Jin Chang s’éteignit doucement, à cinq heures et quart du matin, le 25 janvier 2025, en sa demeure de San José, en Californie. Il avait quatre-vingt-huit ans. Shau-Jin était le père d’Iris Chang, auteur du Viol de Nankin : le massacre oublié de la Seconde Guerre mondiale. En octobre de l’année dernière, il fut hospitalisé cinq semaines durant après une chute, et, à la fin de décembre, il dut être admis de nouveau, cette fois à cause d’une pneumonie.Shau-Jin Chang était né le 7 janvier 1937, à Suqian, dans la province du Jiangsu. Son père, Chang Nai-fan, occupait alors la charge de magistrat du district de Suqian. Sa mère, Tsao Ti-chen, était originaire de Huaiyin, dans cette même province. Avant que l’armée japonaise ne consommât le massacre de Nankin, la famille se replia, avec ses parents, vers Chongqing, et c’est en cette ville, durant les années de la guerre contre le Japon, que Shau-Jin grandit. Dès l’école élémentaire, il avait entendu de la bouche de ses maîtres et de ses parents le récit de ce qui s’était accompli à Nankin sous l’occupation japonaise. Cette histoire se grava profondément dans sa mémoire ; il la transmit, plus tard, à sa fille — et c’est cela, plus que toute autre chose, qui donna à Iris Chang la résolution de partir à la recherche de la vérité du massacre de Nankin.En 1951, Shau-Jin suivit sa mère à Taïwan. Il acheva ses études secondaires au lycée Wenshan et, classé premier au concours d’entrée dans la section des sciences, fut admis au département de physique de l’Université nationale de Taïwan. Après une licence brillante, il passa la maîtrise à l’Institut de physique de l’Université nationale Tsing-Hua. En 1962, il obtint une bourse de Harvard ; il y travailla sous la direction du prix Nobel Julian Schwinger, et y reçut le doctorat en 1967. Dès 1964, alors qu’il était encore étudiant à Harvard, il avait épousé Ying-Ying Chang, elle aussi étudiante en cette même université. De 1967 à 1969, il fut chercheur à l’Institute for Advanced Study de Princeton, où il s’occupa de physique théorique des hautes énergies. Il accepta ensuite un poste au département de physique de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, où il enseigna trente années durant, jusqu’à sa retraite, en 1999. En 2003, il vint s’établir avec sa famille à San José, en Californie. Le professeur Chang publia près de cent articles, principalement consacrés à la physique théorique des particules de haute énergie. Son livre Introduction to Quantum Field Theory, paru en 1990, fut accueilli avec une faveur qui ne s’est jamais démentie.Le professeur Chang était un chercheur consciencieux et un maître que sa vocation honorait. Le département de physique de l’Université de l’Illinois lui décerna à plusieurs reprises le prix du meilleur enseignant. Il était membre de l’American Physical Society, et le département de physique de l’Université nationale de Taïwan lui conféra son prix d’ancien élève éminent.Dans la lettre qu’Iris Chang composa, en 1999, à l’occasion du banquet de la retraite de son père, on lit :  « … Mon père est, lui aussi, mon modèle. Il est sans doute la personne la plus idéaliste que j’aie jamais connue — il est devenu rare, en notre temps, de rencontrer des êtres qui apprennent pour la seule cause de la connaissance, sans aucune ambition personnelle. …L’argent, le pouvoir, le rang dans la société — rien de tout cela n’a, pour lui, le moindre sens. Pourvu qu’il puisse jouir, en silence, de la vie de l’esprit, et se livrer aux deux choses qu’il aime entre toutes — la recherche en physique et l’éducation des jeunes — mon père est satisfait. Je le tiens pour heureux, car à l’Université de l’Illinois il trouva précisément cette vie-là.Mon père porte aussi en lui un sens de la justice extrêmement vif. J’ai toujours pensé que, s’il n’avait pas été physicien, il eût fait un juge remarquable. Il a une sensibilité presque surnaturelle à ce qui est juste ou ne l’est pas, et il sait considérer une question sous des angles très divers. Il nourrit, à l’égard d’autrui, une compassion profonde ; il comprend la faiblesse humaine et prend en pitié ceux qui ont été défaits… Voir une créature sans défense subir le mal lui a toujours fait peine, et le spectacle de l’abus du pouvoir le met en une indignation droite.Ce que j’admire le plus en mon père, c’est qu’il n’a jamais perdu son regard d’enfant sur le monde. En un siècle de cynisme, c’est, en vérité, chose rare. Mon père a toujours conservé pour les mystères de l’univers une curiosité jamais lasse. Pour lui, l’éducation est l’affaire d’une vie. Tel un étudiant, il lit infatigablement : biologie, informatique, littérature, histoire, astronomie, psychologie — et ce n’est qu’une part de ce qui le passionne. Il fut de ces esprits supérieurs dont parlait Einstein — de ceux qui apprennent pour la même raison qu’un enfant : par amour, par curiosité, et pour ce frémissement secret que donne une découverte… »Peut-être sont-ce là les mots les plus justes qui aient jamais été écrits sur Shau-Jin Chang.Shau-Jin était le quatrième de la fratrie. L’aîné, Chang Shao-yuan, vivait à New York ; il s’est éteint avant lui (1928-2003). Le deuxième, Chang Shao-da, mourut à Chongqing, durant les années de la guerre, d’une méningite. Le troisième, Chang Shao-chien (né en 1935), ingénieur en génie civil, est en retraite à Los Angeles.Shau-Jin et son épouse Ying-Ying furent unis pendant soixante ans. Outre leur fille Iris, ils ont un fils, Michael Chang, ingénieur informaticien ; sa femme, Aimee Lu, et leur fils, Nicolaus Chang, vivent à San Carlos, en Californie, et venaient souvent partager l’intimité familiale. Un autre petit-fils, Christopher Douglas, réside dans l’Illinois.Après crémation, les cendres de Shau-Jin Chang seront déposées au cimetière de Gate of Heaven, dans la section de la Sainte Famille — auprès de sa fille."
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      "title"  : "L&#39;ennemi du repos (The Enemy of Comfort)",
      "url"    : "/fr/posts/the-Enemy-of-Comfort/",
      "date"   : "02 August 2024",
      "image"  : "/images/111025015937-nicolaus-mills.png",
      "content"  : "Par Nicolaus MillsParu dans la revue américaine American ProspectLe 20 janvier 2005Une semaine après l’élection présidentielle américaine, Iris Chang, célèbre auteur du Viol de Nankin : le massacre oublié de la Seconde Guerre mondiale, fut retrouvée morte dans sa propre voiture, sur une route au sud de Los Gatos, en Californie. Avant de retourner contre elle-même l’arme à feu, elle avait laissé, en son foyer de San José, une lettre méticuleusement rédigée, et elle avait pris soin de s’arranger pour que son corps fût découvert non par son mari, ni par son fils âgé de deux ans, mais par les agents de police.Les nouvelles qui suivirent rapportèrent son âge — trente-six ans seulement — et expliquèrent le succès du Viol de Nankin, le plus important de ses trois livres, qui s’était vendu, aux seuls États-Unis, à plus de cinq cent mille exemplaires. Mais l’attention que l’on porta à la mort d’Iris Chang se priva, pour une large part, d’une véritable évaluation de son œuvre, et d’une reconnaissance lucide du vide moral et intellectuel qu’elle laissait derrière elle. Les grands-parents d’Iris avaient fui Nankin — alors capitale de la République de Chine — en 1937, devant la guerre d’invasion barbare qui se préparait à fondre sur la cité. En un monde où la plupart des récits de génocides et d’holocaustes inclinent aujourd’hui à se concentrer sur le spectacle de la guerre, Iris Chang, elle, n’oublia jamais que son sujet, ce furent les vaincus, et les morts.En décrivant le siège que l’armée japonaise mit à Nankin — campagne qui, selon les estimations ultérieures, fit plus de deux cent soixante mille morts — Iris Chang choisit un sujet qui demeurait depuis longtemps profondément enseveli, par le Japon lui-même et même par le monde occidental. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais préférèrent, comme on pouvait s’y attendre, mettre en avant les souffrances que leur avaient infligées les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki ; les États-Unis, de leur côté, occupés à reconstruire le Japon en rempart contre la Chine communiste, laissèrent volontiers s’estomper, dans l’ombre, les crimes que leur nouvel allié avait commis sur leur nouvel ennemi.Et c’est ainsi que la chose demeura, sans secousse, sans connaissance — jusqu’à la parution du livre d’Iris. Il vit le jour le soixantième anniversaire du massacre de Nankin, alors qu’Iris venait d’avoir vingt-neuf ans. Le livre déterra à la fois l’épais silence qui s’était noué autour de ce qui s’était passé à Nankin, et la question de la manière dont les écoles du Japon enseignaient — ou n’enseignaient pas — cette histoire. Les exactions que le Japon de la Seconde Guerre mondiale avait commises là-bas avaient été tues à voix basse ; le carnage des dizaines de milliers de Chinois dans la ville de Nankin n’était encore désigné, selon le mot officiel, que comme un « incident ».Mais plus encore : ce qui se tient au cœur du Viol de Nankin, c’est l’attachement de l’auteur à la politique du secours humanitaire — son examen de ce que firent, en ce lieu et en ce temps, les rares individus qui jouissaient encore de leur liberté de mouvement, pour sauver des Chinois ; et de la manière dont ces sauveurs humanitaires, en particulier l’institutrice américaine Minnie Vautrin et le commerçant allemand John Rabe, s’épuisèrent jusqu’à l’extrême limite humaine pour cette tâche. Vautrin retourna ensuite en Amérique, fit en 1941 une dépression nerveuse, et, accablée par le sentiment de ce qu’elle n’avait pas su accomplir, se donna la mort. Rabe, en 1938, remit au gouvernement allemand un film sur le massacre de Nankin, ce pour quoi il fut arrêté par la Gestapo et brièvement emprisonné. Après la Seconde Guerre mondiale, il vécut quelque temps en Suisse, ne survivant que grâce aux paquets de vivres que lui envoyaient les habitants reconnaissants de Nankin.Comme Vautrin et Rabe, Iris Chang ne put croire que ce qu’elle avait fait pour les victimes du massacre de Nankin fût suffisant — et ne sut jamais s’autoriser le repos. Elle refusa de se laisser consoler par les honneurs que son livre lui valait. Pendant l’année où elle promena son livre à travers le pays, elle affronta, en particulier, ceux qui mettaient ses chiffres ou son exactitude en cause. Sur un plateau de télévision, elle exigea, en face, que l’ambassadeur du Japon aux États-Unis présentât des excuses publiques pour le massacre de Nankin ; quand celui-ci ne consentit qu’à reconnaître que les événements avaient été « véritablement malheureux », elle en éprouva la plus profonde indignation.Le mari d’Iris Chang n’a pas rendu publique la lettre qu’elle a laissée, et les nouvelles ne nous fournirent point de détails ; on ne peut donc que conjecturer ce qui la poussa à un tel désespoir. Mais ce que nous pouvons, par retour, affirmer sans hésitation, c’est l’écrasante charge qu’elle portait sur ses épaules et dans son esprit. Au terme de sa vie, elle écrivait un livre sur la marche de la mort de Bataan et sur le mauvais traitement que les Japonais firent subir aux prisonniers de guerre américains — et l’on souhaiterait, douloureusement, que le temps eût pu remonter, et qu’elle eût choisi un sujet d’une charge un peu moindre. Dans un monde où certaines figures internationales — Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, vient aussitôt à l’esprit — semblent se contenter de relever les défis des catastrophes humaines à la manière d’un athlète qui accumule un palmarès (vous avez peut-être perdu au Rwanda, mais qu’importe, vous avez gagné au Timor oriental), la tenue morale d’Iris Chang s’élevait, isolée, hors de toute mesure de ce genre. Dans le monde qu’elle voyait, le prix du trop peu retombait toujours sur ceux qui le pouvaient le moins porter ; et elle ne sut se libérer de cette idée que pour un être tel qu’elle, le plus redoutable ennemi était — le repos.Nicolaus Mills est professeur d’études américaines au Sarah Lawrence College ; il est l’auteur, entre autres, de Their Last Battle: The Fight for the National World War II Memorial.  (Traduit par Hao Jigang Jim Hao, revu par Sheng Jie Zoe Sheng.)"
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    {
      "title"  : "La tristesse insoutenable de la peine d&#39;autrui",
      "url"    : "/fr/posts/Unbearable-sadness-of-others-pain/",
      "date"   : "02 August 2024",
      "image"  : "/images/irischang._Unbearable_sadness_of_others_pain.png",
      "content"  : "Par Laurie BarkinParu dans le San Francisco ChronicleLe 23 novembre 2004Iris Chang, âgée de trente-six ans, auteur du Viol de Nankin : le massacre oublié de la Seconde Guerre mondiale, s’était plongée durant plus d’une décennie dans les expériences de ceux qui avaient survécu au carnage que l’armée japonaise commit, en 1937, sur trois cent mille de leurs compatriotes à Nankin. Plus récemment, elle avait recueilli les témoignages des survivants de la marche de la mort de Bataan. Au Kentucky, après avoir entendu un ancien combattant américain raconter son histoire, elle s’effondra et fut hospitalisée trois jours durant. De retour à son domicile, dans la baie de San Francisco, malgré le traitement médicamenteux, elle mit fin à ses jours, le 9 novembre.Épuisement compassionnel. Traumatisme secondaire. Traumatisme par procuration. Ce sont là les termes dont on use, d’ordinaire, pour décrire le désarroi qui peut s’emparer d’un être au cœur aussi compatissant que celui d’Iris Chang, après qu’il a été le témoin des cruautés inhumaines que les humains s’infligent les uns aux autres. Pour ma part, après avoir œuvré, cinq années durant, comme infirmière-conseil en psychiatrie auprès de patients traumatisés, je commençai à souffrir de cauchemars sans fin, d’oppression dans la poitrine, et d’une crainte croissante pour la sécurité de mes propres enfants. Je me rendis à un colloque sur les traumatismes psychiques ; c’est là que, pour la première fois, j’entendis prononcer ces mots — vicarious trauma, traumatisme par procuration. Je commençai alors à comprendre mes propres symptômes, et à comprendre qu’il me fallait m’éloigner pour un temps de mon travail.Les spécialistes du traumatisme emploient le mot dose pour désigner l’intensité avec laquelle un événement traumatique vient frapper la personne qui y est exposée. Les progrès récents de la recherche permettent aujourd’hui de décrire les changements que les traumatismes psychiques imposent au cerveau humain. Même une exposition secondaire — surtout, comme dans le cas d’Iris Chang, lorsqu’il s’agit d’une dose forte et longuement accumulée — laisse, sur le cerveau, des transformations nettement repérables. Les policiers, les pompiers, les psychothérapeutes, les journalistes, et les personnels médicaux de première ligne, font tous partie de ces groupes à haut risque.Des soins existent ; ils opèrent mieux lorsqu’on intervient avant que les symptômes ne se manifestent. Ils comportent un milieu de travail bienveillant, un foyer harmonieux, un exercice physique régulier, un équilibre entre le travail et le repos, et le temps passé avec des amis — surtout ceux qui savent vous faire rire de bon cœur.Ceux qui pleurent Iris Chang disent d’elle qu’elle était de ces êtres qui ressentent la peine des autres comme si c’était la leur, et qu’elle était infatigable, et ne lâchait jamais la tâche qu’elle avait prise sur elle. Certains ont ajouté : pour Iris, il n’y avait rien d’irréalisable. C’est sans doute pour cela même que, devant le mal de notre monde, Iris Chang s’est livrée tout entière, sans rien retenir, à l’œuvre de le changer. Je puis m’imaginer comment les cris de ces morts injustes lui dérobaient le sommeil et la nourriture ; comment chaque témoignage d’un survivant la tirait toujours plus loin dans l’abîme ; comment, afin de mettre en mots cette douleur sans fond, elle s’imposa de porter ce qui semblait insoutenable ; comment elle prit sur ses épaules la souffrance d’autrui, afin que nous puissions, en l’apprenant, devenir meilleurs.Le seul obstacle est que nous ne voulons pas écouter. Nous ne voulons pas entendre, nous ne voulons pas croire. Parler de ce qui se passe au fond de soi a, dans ce pays, depuis longtemps, été tenu pour une chose embarrassante. Plutôt que d’ouvrir notre cœur, nous donnons à ceux qui souffrent des comprimés, ou nous les laissons s’enivrer. Personne ne nous a appris à veiller sur les besoins affectifs des autres. Quand quelqu’un de notre entourage exprime sa peine ou son chagrin, nous éprouvons un malaise. Nous fuyons cette situation, parce que nous craignons de dire la phrase qu’il ne faut pas, ou parce que nous redoutons de ne plus tenir nos propres émotions. Or la reconnaissance, le soin, et la consolation, sont précisément ce dont les témoins ont besoin. Parfois, même une famille aimante et de fidèles amis ne suffisent pas à ramener au jour ceux qui s’enfoncent dans la douleur d’autrui.La vie d’Iris Chang a éclairé la vie d’innombrables personnes — et, du même mouvement, elle a consumé la sienne. Comme les pompiers qui, après le 11 septembre, coururent vers les ruines, elle, sans repos, sans sommeil, s’oubliant elle-même, fouilla parmi les décombres de cette tragédie. Il nous faut prendre soin de ces êtres-là, qui, sans souci de leur propre asile, livrent leur vie à la quête de la vérité. Il nous faut leur ménager un temps pour respirer. Il nous faut les louer. Il nous faut les écouter. Et il nous faut, avant que le gouffre du désespoir ne les engloutisse, leur tendre la main pour les ramener.Laurie Barkin est infirmière-spécialiste clinicienne en psychiatrie ; elle prépare un livre consacré aux survivants de traumatismes psychiques.  (Traduction conjointe de Jian Shuhui et de Ma Haining.)"
    } ,
  
    {
      "title"  : "Lettre à Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/Hann-Shuin-Yew/",
      "date"   : "02 August 2024",
      "image"  : "/images/Hann-Shuin Yew.png",
      "content"  : "Par Hann-Shuin YewPublié par la Bibliothèque du Congrès américainChère Madame Chang,Voici une lettre tardive. Elle aurait dû tomber sur vos genoux il y a deux ou trois semaines, alors que vous étiez encore là pour l’ouvrir. Vous y eussiez appris ce que vos livres ont signifié pour les Chinois du monde entier ; et j’eusse pu vous dire, de ma propre voix, à quel point je vous suis redevable. Mais voici que Nankin compte une victime de plus, et c’est un deuil dont je ne parviens pas à me défaire.Comme pour vous, Nankin a été, sous la surface de mon enfance, toujours présent. Mes parents prononçaient parfois, en passant, ces mots — le massacre de Nankin — mais ils refusaient de me dire comment mes propres arrière-grands-parents et mon grand-oncle étaient morts par la main des soldats japonais. J’appris pourtant — surtout par les controverses qui s’élevèrent après la parution de votre Viol de Nankin — qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale s’était accompli, dans cette ville, quelque chose qui dépassait la raison.Hélas, cette connaissance ne me toucha pas véritablement quand j’étais enfant. Le massacre de Nankin n’était, pour moi, qu’un sujet enfoui dans la génération de mes aînés, une terreur qu’on n’osait point approcher. Cette génération, à mes yeux, c’était surtout ma grand-mère maternelle, qui haïssait les Japonais, qui parlait un dialecte que je ne savais point comprendre, et qui faisait des choses dont je ne saisissais pas le sens — refuser de franchir la porte d’un restaurant japonais, ou bien pleurer en m’entendant écouter, sur mon lecteur de disques compacts, une chanson populaire japonaise. Oui : Nankin appartenait à une génération dans laquelle je ne pouvais entrer.Je n’appris pourquoi ma grand-mère haïssait à ce point les Japonais qu’après sa mort. À ses funérailles, un grand-oncle me raconta qu’elle avait vu, de ses propres yeux, ses parents être attachés à un arbre par des soldats japonais et battus à mort. Cela ne s’était pas produit à Nankin ; c’était arrivé dans un petit village sans nom, au cœur de la Chine. Le carnage des Japonais ne se borna pas à Nankin. Dans des centaines de villages oubliés de Chine, ils tuèrent et tourmentèrent les leurs. La blessure de Nankin court à travers toute la Chine ; les massacres plus petits, oubliés, se répétèrent, sous mille formes, presque partout.Pourquoi faut-il qu’il y ait la mort, pour qu’on apprenne tant de choses ?Je vous le dis avec franchise, Madame Chang : avant votre disparition, je n’étais jamais parvenue à finir Le Viol de Nankin. Je ne le pouvais pas. Quand je lisais les cruautés que vous y aviez consignées, quand je me les figurais en moi-même, l’horreur et la nausée me forçaient, encore et encore, à reposer le livre. Moi aussi, j’avais perdu, dans ce « massacre oublié », quelques-uns des miens ; chaque phrase de votre livre, chaque photographie, frappait en moi un endroit qui savait déjà. Il me fallut quatre années pour traverser les quatre premiers chapitres. Chaque fois que je reprenais le livre, je me trouvais glacée jusqu’aux os par la banalité du mal, selon le mot d’Hannah Arendt, que vous aviez mise au jour.Mais ce que vous, vous avez dû éprouver, dépassait, sans nul doute possible, ce que je ressentais. Vous avez vu les preuves dans leur état le plus brut — les films, les témoignages, les photographies. Vous avez vécu, des années durant, jour après jour, dans la peur et dans la douleur que les victimes avaient elles-mêmes éprouvées. Comment avez-vous pu y tenir ? D’où vous venait ce courage qui ne reculait devant rien ?Aussi, lorsque j’appris par le journal que vous vous étiez donné la mort, je sus qu’il me fallait lire votre livre. Si vous aviez eu le courage de l’écrire, je vous devais, à tout le moins, le courage de le lire en entier. Je m’assis donc sur un banc, par un jour de vent, votre livre — qui n’avait plus la fraîcheur du neuf — sur les genoux, et je pensai longuement à vous.Cette fois-là — je ne sais pourquoi — je le lus jusqu’au bout. Je ne cherchai plus à tenir l’horreur à distance. Je ne cherchai plus à m’isoler de l’odeur de la souffrance, ni des plaintes qui montaient de vos pages. Au contraire : lorsque je me laissai descendre dans l’horreur de Nankin, je vis, debout devant moi, John Rabe, Minnie Vautrin, le docteur Robert Wilson, et vous-même. Je vis les bodhisattvas vivants de Nankin qui sauvèrent des milliers de victimes. Et je vous vis, vous, écarter de votre propre main ce rideau de bambou qui, si longtemps, s’était dressé entre le monde et Nankin. Merci à vous, Madame Chang, pour ce courage qui vous permit de mettre la vérité au grand jour. Quoique vous ne puissiez plus lire cette lettre, je veux espérer que, avant de partir, vous ayez su l’ampleur du changement que vous avez apporté à ce monde. C’est pourquoi je vous remercie.Bien sincèrement vôtre,Hann-Shuin Yew      Hann-Shuin Yew, seize ans, élève de seconde        Je suis née à Singapour. Avec ma famille, j’ai vécu dans plusieurs villes — Shanghai, Vancouver, et à présent San José, en Californie. J’ai eu ainsi l’occasion d’aborder différentes cultures et de voir comment vivent les communautés chinoises dans les diverses parties du monde. Cette expérience m’a inspiré un grand amour pour l’histoire et pour la littérature, surtout pour les œuvres qui m’aident à mieux connaître mon propre héritage. Mes autres goûts comprennent les jeux de mots, les casse-tête, l’origami, et, parfois, l’écriture de quelques poèmes.        (Traduction de Yang Hui, revue par Jian Shuhui, le 6 août 2018.)        Cette lettre obtint le premier prix dans la catégorie « lycée de Californie » du concours d’essais 2005 de la Bibliothèque du Congrès, Letters About Literature: A Letter to an Author Whose Book Has Changed Your Life."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Adele Suslick à la cérémonie de commémoration d&#39;Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/Adele-Suslick/",
      "date"   : "02 August 2024",
      "image"  : "/images/2_Adele Suslick.png",
      "content"  : "Le 2 décembre 2004, à seize heuresAuditorium Spurlock, Université de l’Illinois à Urbana-ChampaignLe 10 novembre 2004, à sept heures du matin, alors que je conduisais ma voiture vers l’école, l’animateur de la station WILL AM 580 annonça la nouvelle de la mort d’Iris Chang. Saisie d’incrédulité et de stupeur, je rangeai aussitôt mon véhicule au bord de la route et appelai mon mari — il me fallait parler à quelqu’un de ce que je venais d’entendre, il me fallait essayer de saisir cette tragédie.J’avais toujours aimé Iris d’un amour profond.Le mot « multiple » ne suffit pas à la décrire. Elle était l’être le plus passionné qu’il m’ait été donné de connaître — toute attention, toute présence, livrant à la tâche entreprise la totalité d’elle-même.Je rencontrai Iris pour la première fois en 1983, alors qu’elle dirigeait, avec Bob Winter, la revue littéraire UNIQUE du lycée d’expérimentation universitaire. Iris avait résolu de faire revivre cette revue, qui avait cessé de paraître en 1980, et me pria d’en être le professeur conseiller.Elle fut aussi mon élève, en classe d’anglais de douzième année, durant l’année scolaire 1984-1985, alors que Russell Ames présidait le conseil d’établissement et que Warren Loyer en était le directeur. Je me souviens : la mode punk régnait parmi les élèves de quatrième année, et l’on courait après ce que l’on appelait des « McJobs ».Le premier écrit publié d’Iris fut, je crois, ce court poème paru dans UNIQUE en 1980-1981 :Le temps,qui marche d’un pas régulier,détruisant, mystérieux, conquérant,sans jamais s’arrêter,devient l’éternité.Tout au long de ses années au lycée, elle ne cessa point d’écrire. En 1983-1984, elle publia deux autres poèmes, et en 1984-1985, plusieurs encore. La plupart de ces premières œuvres avaient pour thème le changement et l’impermanence.Auprès du portrait de fin d’études, dans l’album de 1984-1985, elle inscrivit une parole de l’écrivain victorien Matthew Arnold : « La poésie est la manière la plus belle, la plus profonde et la plus efficace d’exprimer les choses ; c’est en cela que tient son importance. » Et une autre, d’Einstein : « L’imagination est plus importante que le savoir. »Iris ne tenait peut-être pas le savoir pour la chose souveraine — pourtant, dans le cours d’anglais avancé, elle révélait l’étendue de ses lectures sur les sujets les plus divers. Plus important encore : elle avait, pour parler en public, un don naturel, et savait conduire un raisonnement à l’aide de preuves convaincantes. Je me rappelle la rigueur scrupuleuse avec laquelle elle tenait ses fiches. Elle ne courait point les bonnes notes ; ce qu’elle voulait, c’était comprendre les choses dans leur entier. Et lorsqu’elle parlait, elle vous regardait toujours droit dans les yeux. Il ne faisait point de doute qu’elle croyait à ce qu’elle disait — et qu’elle souhaitait que vous y crussiez aussi.En 1998, je passai un week-end singulier auprès d’Iris. Elle venait de revenir de chez elle, à San José, afin de recevoir le prix d’ancienne élève d’excellence du lycée pour l’année 1998. À la cérémonie d’ouverture, elle prononça un discours admirable, où elle dit :  « Lorsque j’écrivais Le Viol de Nankin, j’ai constaté avec stupeur à quel point le récit même de l’histoire avait été défiguré par les massacres et le sang versé. Mon éducation — au lycée d’expérimentation, à l’Université de l’Illinois, ou bien à Johns Hopkins — ne m’avait point suffisamment préparée à affronter l’histoire de Nankin, ni les autres atrocités. Je fus saisie non seulement par ces récits, mais surtout par la facilité avec laquelle les gens oublient ces choses, et par la menace que cet oubli même fait peser sur la civilisation humaine. Savoir que quelques-uns seraient touchés par mon livre fut souvent l’unique force qui me poussait à continuer. »Nous fûmes, certes, touchés par elle — et avec nous tant d’autres lecteurs à travers le pays, assez pour que ce livre demeurât dix semaines durant sur la liste des meilleures ventes du New York Times.Le lendemain, Iris et moi convînmes de nous retrouver dans un magasin d’antiquités, pour y bavarder à notre aise. Elle me parla beaucoup de son désir d’avoir des enfants. Elle pensait alors que la grossesse et les exigences du métier seraient ses prochaines occupations. Or les choses prirent un autre cours : elle composa, à la place, un nouveau livre admirable, The Chinese in America. L’an dernier, je l’ai partagé avec ma classe de terminale ; cette année, je m’en servirai en référence pour la lecture du Joy Luck Club, avec mes nouveaux élèves de première année. Le temps a passé. Le fils d’Iris a maintenant deux ans.Grâce à l’éducation reçue à la University Lab High, Iris Chang est devenue, durant ces dix dernières années, la voix la plus puissante des Sino-Américains. Sur l’exemplaire de son premier livre, Thread of the Silkworm, qu’elle me donna, elle écrivit :  « Merci de m’avoir appris les techniques de recherche dont j’avais besoin pour écrire ce livre ! Votre cours avancé d’art oratoire a eu, sur ma vie, une influence profonde. »Et elle a, en retour, rendu au lycée une influence considérable. Elle a transformé la façon dont les élèves de Lab High comprennent l’histoire de l’Asie au vingtième siècle ; elle leur a appris à ne point se taire face à l’injustice. Ses écrits reviennent constamment dans nos discussions de classe.En vérité, Iris Chang vit encore, à Lab High. Nos élèves la connaissent, et ils saluent ce qu’elle a accompli. Ils la voient comme une femme qui a changé le monde de manière véritable. Plus encore, elle leur a donné un sens aiguisé de la justice sociale. Ils veulent, comme elle, en éveiller d’autres. Ils veulent raconter une histoire digne d’être racontée. Ils veulent que leur vie ait un poids.Lorsqu’ils accompliront ces choses, je sais qu’ils confirmeront, par là même, la vie et le rêve d’Iris Chang. Pour clore mes paroles, j’ai choisi quelques vers d’un poème qu’Iris écrivit, en classe de seconde, sur l’aurore :Aux confins de la terre,chasse toutes les ténèbres,afin qu’un nouveau jour s’ouvre…La lumière, vivante et croissante,de son orpeint la voûte de pourpreen un bleu clair.  (Traduction de Yang Hui, revue par Sheng Jie, le 6 août 2018.)"
    } ,
  
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      "title"  : "Un mot de reconnaissance à Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/A-Thank-You-Note-to-Iris-Chang/",
      "date"   : "02 August 2024",
      "image"  : "/images/36412-81002.png",
      "content"  : "Souvenir de ma dernière rencontre avec Iris ChangDa Hsuan FengChronique de Da HsuanLe 26 mai 2018Il y a deux jours, je lisais sur Facebook qu’un de mes amis évoquait la journée commémorative de la Shoah. À cette mention, deux mots me sont revenus à l’esprit, ceux que j’avais entendus prononcer pour la première fois à mon arrivée en Amérique, voilà cinquante ans : Never Again — « que cela ne se reproduise jamais. » Et de cette mémoire en remonta une autre : celle du printemps de 2004, dans la communauté chinoise de Richardson, en bordure de Dallas, au Texas, lorsqu’il me fut donné de rencontrer Iris Chang.Iris Chang était une femme de lettres sino-américaine dont l’influence avait franchi tous les continents. L’ouvrage qui porta son nom à travers le monde, et qui ébranla la conscience d’innombrables lecteurs, s’appelait Le Viol de Nankin. Ce livre rendait compte, sans qu’on y eût retiré le moindre mot afin d’en adoucir l’effroi, de ce qui s’était accompli, durant la Seconde Guerre mondiale, dans la ville de Nankin.Le premier avril de l’an 2004 — jour, en notre langue, du « poisson d’avril » — les associations chinoises du Texas l’avaient priée de se rendre à Dallas, et d’y prononcer un discours. Je remplissais alors les fonctions de vice-président pour la recherche à l’Université du Texas à Dallas, et la communauté chinoise de la région m’accorda l’insigne honneur de présenter Iris Chang, avant que ne commence sa conférence. Une seconde joie s’y joignait : Shau-Jin Chang, le père d’Iris, est un physicien théorique de grand mérite, et, en qualité de confrère, j’avais eu, en mon temps, l’occasion de le connaître un peu.On trouvera ci-dessous la traduction chinoise de mon allocution de présentation.Ce premier avril 2004 fut la seconde fois que je rencontrai Iris Chang. Quand, le soir venu, je pris congé d’elle, nous échangeâmes quelques paroles venues du fond du cœur. Je ne savais point alors que ces paroles seraient pour nous des paroles d’adieu. Va en paix, Iris Chang.Merci, Iris ChangPrésentation d’Iris ChangDiscours prononcé à Richardson, près de Dallas, au Texas — le 1er avril 2004Da Hsuan Feng — Vice-président pour la recherche, Université du Texas à DallasMesdames et messieurs, bonsoir.Comme écrivain dont l’influence pénètre chaque coin du monde, Iris Chang n’a nul besoin d’être présentée. Et précisément parce qu’elle n’en a nul besoin, je me dis que la seule chose qu’il me soit possible, en vérité, de prononcer ici ce soir, ce sont deux mots tirés du fond du cœur : merci.En l’année 1964, alors que j’étais encore un étudiant de première année, à peine arrivé dans le New Jersey, un de mes condisciples m’invita à une conférence donnée à l’université. Il me dit que celui qui parlerait était un survivant du Holocaust. Le mot anglais, jusqu’à cette heure-là, ne m’était jamais parvenu aux oreilles.Cette conférence, et les images qui l’accompagnaient, sont restées gravées dans ma mémoire jusqu’à ce jour — comme une blessure, faut-il le dire. Sur ces images, il ne demeurait plus rien d’humain. Les deux mots que prononça en dernier le conférencier, je les retiens encore avec exactitude : Never Again.Cette nuit-là, rentré dans ma chambre, je ne cessai de songer à ce mot anglais, Holocaust. Devais-je penser qu’il ne s’employait que pour décrire ce que les Juifs d’Europe avaient subi, dans leur esprit, dans leur chair, dans leur âme ?Quand, ce soir-là, je tirai mon dictionnaire de Cambridge de l’étagère, je trouvai cette définition :“The Holocaust” was the systematic murder of many people, esp. Jews, by the Nazis during World War II.À la lecture de cette ligne, je compris, pour la première fois, que le mot Holocaust pouvait nommer n’importe quel massacre.Après la Seconde Guerre mondiale, ma mère enseignait la musique au Ginling Women’s College, à Nankin. Je me souviens qu’elle me parla, un jour, en peu de mots, du massacre de Nankin. Mais, sans doute parce que ce qui s’y passa dépasse ce que l’on peut soutenir, ma mère ne consentit jamais à m’en raconter le détail. Quand j’eus entendu ces brèves paroles, je fus saisi d’une vive indignation, mais aussi d’un sentiment d’impuissance, car il n’existait alors, à ma portée, nul moyen de connaître la vérité de Nankin.Lentement, je laissai cette chose retomber dans le fond de ma mémoire. Ce qui l’en fit ressortir, voilà quelques années à peine, fut la lecture du livre d’Iris Chang, Le Viol de Nankin.Ce livre m’a montré avec clarté que, bien que je ne sois pas juif, je puis ressentir la même indignation et porter, avec les Juifs qui souffrirent durant la Seconde Guerre mondiale, une part de leur peine. Il m’a montré que les Juifs et moi — nous — appartenons à une seule et même famille humaine.J’en suis venu à croire profondément que quiconque lit ce livre d’Iris Chang — qu’il soit chinois ou non — éprouvera la même indignation.Le livre d’Iris Chang est un cri qui réclame justice au nom des innombrables êtres qui souffrirent, à Nankin, des supplices qui dépassent l’imagination.C’est pourquoi, si modeste que je sois, je voudrais, au nom de toute l’humanité, vous adresser, Iris Chang, ce mot : merci.(Da Hsuan Feng — Chronique de Da Hsuan, 26 mai 2018. Établi par Zoe Sheng et Lily Yao.)"
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    {
      "title"  : "Hommage à Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/Michael-Makoto-Honda/",
      "date"   : "01 August 2024",
      "image"  : "/images/Michael Makoto Honda.jpg",
      "content"  : "Compte rendu officiel du Congrès des États-UnisCent-huitième Congrès · Chambre des ReprésentantsHommage à Iris ChangLe 17 novembre 2004L’honorable Michael M. Honda, représentant de la CalifornieMonsieur le Président, je me lève aujourd’hui afin d’honorer la mémoire d’Iris Chang — historienne courageuse, écrivain, défenseuse de l’histoire de l’Asie et des Américains d’origine asiatique, des droits de l’homme, et de la vérité historique elle-même. Au cours d’une carrière brève, mais singulièrement remarquable, elle a mis au jour les injustices et les cruautés que l’histoire avait choisi d’oublier ou de négliger, et elle a touché le cœur d’innombrables lecteurs. Dans la sphère privée, elle fut une épouse et une mère dévouée, une amie intime, et un exemple pour beaucoup. Iris Chang laisse derrière elle son époux, le docteur Brett Lee Douglas ; son fils, Christopher Douglas ; ses parents, Shau-Jin Chang et Ying-Ying Chang ; et son frère, Michael Chang.Iris Chang naquit le 28 mars 1968, à Princeton, dans le New Jersey. Elle étudia le journalisme à l’Université de l’Illinois, puis obtint un master en écriture scientifique à l’Université Johns Hopkins. Durant ses études à Hopkins, elle se livra à une étude approfondie de la vie de Tsien Hsue-shen — ce savant sino-américain que les autorités américaines, dans les années 1960, expulsèrent vers la Chine au nom de la peur du communisme, et qui devait par la suite fonder le programme balistique chinois. Cette recherche aboutit à son premier livre, fort apprécié, Thread of the Silkworm: La vie de Tsien Hsue-shen, dans lequel se trouvent dépeintes, avec un soin minutieux, la suspicion et les préjugés raciaux de l’ère du maccarthysme.En tant qu’historienne et qu’engagée dans les affaires publiques, Iris Chang consacra l’ensemble de sa vie à la quête de la justice historique et de la réconciliation. Son livre Le Viol de Nankin : le massacre oublié de la Seconde Guerre mondiale a rendu compte, avec exactitude, des crimes que l’armée japonaise commit à Nankin en 1937, et est devenu une source maîtresse pour l’éducation de la conscience internationale au sujet des forfaits de l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale — forfaits qui violaient les droits humains et qui, durant des décennies, n’avaient point été consignés ni reconnus officiellement. Elle a également réclamé activement réparation pour les victimes de Nankin, ce qui la mit en conflit ouvert avec le gouvernement japonais et certaines organisations — sans rien pouvoir, toutefois, ébranler de sa quête de justice et de vérité.Son livre le plus récent, Les Chinois en Amérique, est un ouvrage documentaire qui restitue les sentiments, les regards et l’expérience vécue de la communauté sino-américaine. Il y a quelques semaines, l’East West Bank a fait don de quatre cent vingt exemplaires de Les Chinois en Amérique à des écoles de Californie, afin de répandre la compréhension des défis historiques que les Sino-Américains ont eu à affronter.Au-delà des livres dans lesquels elle dénonçait les injustices sociales et historiques que la société américaine et la société internationale avaient infligées aux Asiatiques et aux Asiatiques-Américains, Iris Chang appartenait au Committee of 100, organisation nationale, sans étiquette de parti, composée de personnalités sino-américaines qui se consacrent aux questions importantes de la communauté sino-américaine. Pour son œuvre, la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur lui décerna le prix de la paix et de la coopération internationale. L’Organization of Chinese American Women la nomma « Femme de l’Année ».Nous garderons mémoire de l’œuvre d’Iris Chang et de l’éminente contribution qu’elle apporta à la communauté américaine d’Asie. Les millions d’âmes que ses écrits et son engagement public ont remués n’oublieront jamais la gravité morale avec laquelle elle affronta les injustices de l’histoire ; ni l’œuvre, poursuivie sa vie durant, qu’elle entreprit en faveur de la coexistence pacifique entre des peuples d’origines diverses ; ni l’écho que cette œuvre a éveillé dans le grand public. Iris Chang portait en elle une fierté ardente d’appartenir à la communauté sino-américaine — fierté qui inspirait ceux qui l’entouraient, qui les convainquait que, quelle que fût l’origine de chacun, il était possible d’être véritablement Américain. Avec la disparition d’Iris Chang, notre communauté américaine d’origine asiatique a perdu un modèle et une amie chère ; et le monde a perdu l’un des combattants les plus éminents et les plus passionnés qui jamais se soit levé pour la justice sociale et historique.(Traduit par Chen Xin, revu par Ma Haining et Yang Hui.)"
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      "title"  : "*Vie brève comme la rosée du matin* — Pour un souvenir qui ne saurait être oublié",
      "url"    : "/fr/posts/ren-sheng-zhao-lu/",
      "date"   : "24 July 2024",
      "image"  : "/images/WechatIMG96.jpg",
      "content"  : "Cet enregistrement d’entretien fait partie de l’œuvre Vie brève comme la rosée du matin, dont la réalisation est de Zong Tian’ai. L’ensemble du contenu (y compris, sans s’y limiter, l’image, le son, le texte et les photographies) appartient, en droit d’auteur, au réalisateur Zong Tian’ai et aux fournisseurs du contenu. Le sujet du présent entretien est M. Liu Yu, du Studio Iris Chang. Sans autorisation écrite, aucune institution ni aucun particulier ne peut, sous quelque forme que ce soit, reprendre, citer en extrait, reproduire ou utiliser ce matériel à des fins commerciales. Quiconque l’utilise au titre d’une autorisation préalable ne devra le faire que dans les limites de celle-ci et indiquera clairement la source.Tout usage non autorisé du contenu de cette vidéo sera tenu pour une atteinte au droit d’auteur. Le réalisateur Zong Tian’ai et les fournisseurs du contenu se réservent le droit de poursuivre, par les voies légales, toute atteinte de cette nature — y compris, sans s’y limiter, exiger la cessation de l’atteinte, la suppression du contenu litigieux et la réparation du préjudice.La présente déclaration est conforme à la Loi sur le droit d’auteur de la République populaire de Chine et aux lois et règlements connexes. Elle prend effet du jour de sa publication.Droits d’auteur © 2024 Réalisateur Zong Tian’ai et fournisseurs du contenu. Tous droits réservés.Reportrice étudianteHu XinyiResponsable du Studio Iris ChangLiu YuRéalisateur : Zong Tian’aiProductionSun ShengwenImageXiao Yutian, Zhang TingtingDirection artistique et scriptLiu LiqiPostproductionTang MengRemerciements particuliers àStudio Iris ChangMémorial Iris Chang de Huai’anMémorial des victimes du massacre de Nankin par les envahisseurs japonaisMusiqueLe Débat — Guo SidaL’écriture d’Iris Chang — Guo SidaMort et vie éternelle — Guo SidaA Song for Iris — Yoyo ShamSources partielles1937 Mémoire de NankinIris Chang : Le Viol de NankinLe voyage d’une colombe de paix vers Nankin"
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    {
      "title"  : "Iris Chang — Esquisse de sa vie et guide de ses livres",
      "url"    : "/fr/posts/10-iris-chang/",
      "date"   : "09 July 2024",
      "image"  : "/images/111.jpg",
      "content"  : "Esquisse de la vie et bibliographie d’Iris Chang      Née le 28 mars 1968, à Princeton, dans le New Jersey. Ses deux parents étaient professeurs d’université ; le père avait obtenu son doctorat en physique à Harvard, la mère son doctorat en biochimie à Harvard.        En 1985, Iris Chang acheva ses études secondaires à la University Laboratory High School de Champaign-Urbana, en Illinois.        En 1989, elle reçut sa licence à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Inscrite d’abord en mathématiques et en informatique, elle changea ensuite de spécialité et obtint sa licence en journalisme. Bachelor in Journalism, 1989, University of Illinois.        En mai 1991, elle obtint le mastère d’écriture à l’Université Johns Hopkins. Master in Writing, Johns Hopkins University, May 1991.        Le 17 août 1991, Iris Chang épousa son ami d’études Bretton Lee Douglas, dans la chapelle du campus de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign.    En 1995, Iris Chang publia son premier livre, Thread of the Silkworm, chez Basic Books.Le titre porte plusieurs sens superposés :  Le missile mis au point en Chine, et auquel Tsien Hsue-shen avait contribué, fut nommé « Silkworm Missile » (le missile de la chrysalide).  La famille Tsien avait jadis fait commerce de la soie à Hangzhou.  La vie de Tsien Hsue-shen avait, en elle-même, l’allure d’une légende ; son histoire est de celles que l’on dévide, fil après fil, comme on déroule la soie d’un cocon. Le titre fut largement loué, mais il donna lieu aussi à quelques méprises — la plus amusante étant que certains lecteurs pensèrent qu’il s’agissait d’un ouvrage de vulgarisation sur l’élevage du ver à soie.              Photographie : Brian sur WebUne traduction chinoise taïwanaise (par Zhang Dingqi et Xu Yaoyun, parue chez China Times Publishing à Taipei) parut en 1996. Les deux traducteurs y mirent une grande conscience. Cette édition n’a point paru en Chine continentale, et ce, dit-on, parce que le livre y rend manifeste un fait : Tsien Hsue-shen avait déjà demandé la naturalisation américaine, et ce ne fut que sous le coup des persécutions du maccarthysme qu’il dut rentrer en Chine — fait que la version officielle continentale, qui veut que Tsien fût rentré par pure piété patriotique, écarte.Une traduction du continent chinois (par Lu Yi, parue chez CITIC Press) parut en 2011. Il est regrettable que les passages dans lesquels Iris Chang adresse à Tsien Hsue-shen quelque critique aient été supprimés, ce qui rend, en certains endroits, le fil un peu rompu.Voici quelques recensions :Thread of the Silkworm — Foreign AffairsEn décembre 1997, parut son deuxième livre — celui qui devait porter son nom à travers le monde :  The Rape of Nanking: The Forgotten Holocaust of World War IIBasic Books. 290 pages. ISBN 978-0-465-06835-7              Photographie : Brian sur WebPlusieurs traductions chinoises existent. Les éditions antérieures à 2007 ne sont guère recommandables. On recommande l’édition de 2007 (Eastern Press, traduction de Yang Xiaming, revue par Ying-Ying Chang), et la réimpression de 2012 chez CITIC Press.  En août 2002, son fils Christopher naquit à San José, en Californie.En mars 2003, elle publia son troisième livre — moins discuté, mais d’une portée historique plus large :  The Chinese in America: A Narrative History, Penguin              Photographie : Brian sur WebUne édition en chinois traditionnel parut le 3 octobre 2018, à Taïwan, chez Walkers Cultural Publishing, sous le titre Les Chinois en Amérique.Les Chinois en Amérique expose la lutte de cent cinquante années que les immigrés chinois menèrent dans les États-Unis — de l’ouvrier des chemins de fer jusqu’au lauréat du prix Nobel — et retrace les contributions, dans tant de domaines, qui ont à la fois transformé leur destin et profondément marqué la société américaine.S’appuyant sur une grande masse de sources historiques, Iris Chang dessine les épreuves et les injustices que durent affronter les Sino-Américains, et met en pleine lumière leurs accomplissements remarquables en politique, en société, en économie et dans les arts ; chemin faisant, elle écarte plusieurs des mythes qui s’étaient noués autour de l’histoire des Chinois en Amérique.Ce livre n’est point seulement le poème épique de l’immigration chinoise — il est une exploration profonde du caractère pluriel de la culture américaine ; il redéfinit ce qu’il faut entendre par « Américain », et restitue aux Sino-Américains la place irremplaçable qu’ils ont tenue dans l’histoire des États-Unis.Au moment où Iris Chang travaillait à son quatrième livre — sur la marche de la mort de Bataan — elle tomba dans une crise et dans un état dépressif. Pendant le traitement par les antipsychotiques Risperdal et Abilify et par l’antidépresseur Celexa, les effets secondaires de ces médicaments contribuèrent à la décision qu’elle prit de mettre fin à ses jours.  Le 9 novembre 2004, elle se donna la mort à Los Gatos, en Californie. Elle est inhumée au cimetière Gate of Heaven à Los Altos, en Californie.La tombe se trouve dans la section de la Sainte Famille, emplacement 22-85 / 86. (Deux minutes en voiture depuis l’entrée principale ; sa stèle se situe dans la partie supérieure droite de la section.)Adresse : 22555 Cristo Rey Dr, Los Altos, CA 94024, en bordure de Rancho San Antonio.Mémorial en ligne :Find a Grave — Iris ChangLe présent texte fut composé par Liu Yu, à partir des notes WeChat du Groupe commémoratif d’Iris Chang en Bay Area. Le rassemblement initial fut l’œuvre de Lily Yao ; les sources sont vastes — Internet, livres, et surtout les précieux souvenirs partagés par Mrs. Ying-Ying Chang (Madame Chang) au sein du groupe. Nous adressons une gratitude particulière à Madame Chang pour son patient travail de mise en relation, pour les documents qu’elle a fournis, et pour la rigueur de ses vérifications ; ainsi qu’aux membres qui prirent part à la discussion et à la rédaction — en particulier Ann Li, Cathy, Eva Pang, Jim Hao, Li Bei (Sui-Yuan), Li Mulan, Lin Shidong, Mi Ning, Da Hsuan Feng, Jian Shuhui, Shelly, Ma Jingyan, Yan Lili, Yang Hui, et Zhang Kang."
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    {
      "title"  : "Exposition photographique Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/iris-flickr/",
      "date"   : "25 June 2024",
      "image"  : "/images/154.jpg",
      "content"  : ""
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    {
      "title"  : "Le premier NFT « Super Iris » du Studio Iris Chang sur le point de paraître",
      "url"    : "/fr/posts/super-iris-1-/",
      "date"   : "20 June 2024",
      "image"  : "/images/160.png",
      "content"  : "Le 3 septembre — 79e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste — le Studio Iris Chang fera paraître son premier NFT « Super Iris » sur le réseau Base.À l’occasion de cette émission, nous frapperons 328 NFT « Super Iris » et les distribuerons, par l’accomplissement de tâches désignées, à 328 utilisateurs. Les utilisateurs retenus seront avisés par message officiel privé et recevront la confirmation de l’octroi du premier NFT « Super Iris ».Base est une chaîne de blocs Ethereum de niveau 2 (L2), conçue conjointement par la place d’échange de crypto-actifs Coinbase, basée aux États-Unis, et par Optimism ; elle a été officiellement lancée le 9 août 2023. Premier produit de chaîne de blocs publié par Coinbase, Base entend offrir un environnement sûr, peu coûteux et hautement extensible, dans lequel les développeurs puissent bâtir et déployer des applications décentralisées (dApps). Elle est compatible avec tous les portefeuilles fondés sur l’Ethereum Virtual Machine (EVM), y compris le Coinbase Wallet, et offre, tant aux utilisateurs qu’aux développeurs, une intégration sans heurt. Tournant sur l’OP Stack au moyen de la technique d’Optimism, Base est considérée comme l’une des plates-formes majeures qui poussent en avant l’application et l’innovation des chaînes de blocs.Institution à but non lucratif perpétuel, le Studio Iris Chang émettra la série de NFT « Super Iris » à certaines dates commémoratives, par voie d’airdrop. Nous invitons chacun à y prêter attention et à y prendre part."
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      "title"  : "Une histoire avec Richard Rhodes, l&#39;auteur du *Making of the Atomic Bomb*",
      "url"    : "/fr/posts/20240616/",
      "date"   : "16 June 2024",
      "image"  : "/images/164.png",
      "content"  : "Par Ying-Ying ChangRichard Rhodes — l’auteur du célèbre Making of the Atomic Bomb — avait jadis écrit une recension du Viol de Nankin de notre fille Iris Chang. Mais qu’il acceptât d’écrire la préface de mon propre livre de souvenirs fut, dans ma vie, un épisode auquel je ne m’attendais point.Le film Oppenheimer a remporté cette année jusqu’à sept Oscars ; il est l’œuvre dont on a le plus discuté ces dernières années ; nombreux sont les spectateurs et les critiques qui s’en sont expliqués, et la discussion en ligne fut considérable. Oppenheimer est tiré de l’ouvrage de Kai Bird et de Martin Sherwin, American Prometheus. Mais bien des lecteurs ne le savent peut-être point : c’est dès 1987, dans le classique de Richard Rhodes, The Making of the Atomic Bomb, qu’avait été décrit, pour la première fois et de façon systématique, le processus entier de la fabrication de la bombe — y compris, bien entendu, le projet Manhattan et la figure d’Oppenheimer même. Le livre fit grand bruit aussitôt sa parution, obtint en 1988 le prix Pulitzer dans la catégorie de la non-fiction, le National Book Award de la non-fiction et le prix de la National Book Critics Circle Association. Rhodes en sortit consacré. À ce jour, il a publié vingt-huit livres. Après The Making of the Atomic Bomb, il en composa trois autres, tous consacrés aux armes nucléaires, et n’a achevé le dernier de cette série que tout récemment. Le prix Nobel I. I. Rabi, l’un des principaux acteurs des débuts de l’âge atomique, le qualifia de « poème épique digne de Milton. Nulle part ailleurs n’ai-je vu raconter l’histoire entière avec une telle élégance, une telle ardeur, avec un tel détail éclairant et une telle simplicité — entraînant le lecteur à travers de splendides et profondes découvertes scientifiques et leurs applications. » Au sein même de la physique, les savants ont longtemps recommandé ce classique au lecteur ordinaire désireux de comprendre la naissance de la bombe. Selon un récent article de The Atlantic, aujourd’hui encore, des ingénieurs du domaine de l’IA portent ce livre de neuf cents pages d’un lieu à l’autre.En 1997, lorsqu’Iris publia Le Viol de Nankin, l’éditeur invita Rhodes à en faire la recension — d’une part parce qu’il étudiait, comme elle, la Seconde Guerre mondiale, d’autre part parce que la guerre japonaise contre la Chine s’était achevée par deux bombes atomiques, sujet qui n’était point étranger au champ de Rhodes. Sa recension du Viol de Nankin portait : « Un livre puissant, un livre de jalon, dont l’horreur retient le lecteur. » Après cette recension, Iris et Rhodes ont, l’un comme l’autre, dit qu’ils étaient devenus amis et qu’ils s’étaient rencontrés. Je connaissais cette amitié, mais je n’avais point d’impression particulière de Rhodes. Ce ne fut qu’après la mort d’Iris, lorsque je me mis à composer ses souvenirs, qu’à travers les nombreuses lettres qu’elle m’avait adressées je redécouvris et relus une lettre où elle parlait de Rhodes — et qui retint mon attention.Lettre d’Iris, datée du 27 octobre 1999 :  « Très chère Maman — c’était merveilleux, il y a quelques jours, de parler avec toi et avec papa au téléphone. Bien rares sont les familles, dans ce monde, qui sont comme la nôtre, où parents et enfants s’aiment et se parlent presque tous les soirs. Le ciel veille vraiment sur notre maison ; nous devons nous le rappeler chaque jour. Nombre de mes amis n’aiment guère parler avec leurs parents — et certains ne leur parlent absolument pas. … Et il y a ceux qui ne savent même pas qui est leur mère. L’autre jour, après le déjeuner avec Richard Rhodes, j’ai feuilleté à la hâte son autobiographie, A Hole in the World. Comme tu le sais, lorsque Rhodes était enfant, sa belle-mère le faisait jeûner, le frappait et le maltraitait psychiquement (sa mère s’était suicidée par balle, son père sombra dans l’alcool et n’eut pas la force de protéger sa famille). Chaque fois que je relis son livre, je trouve que le simple fait que Richard Rhodes ait survécu est, en lui-même, une bénédiction. … »En 1999, du vivant d’Iris, j’avais lu cette lettre, puis je l’avais oubliée. En 2008, quatre ans après son départ, je la relus, et l’effet sur moi fut tout autre. Je fus brusquement frappée de découvrir que la mère de Rhodes s’était suicidée par balle ; et qu’Iris l’avait fait aussi. Aussitôt je consultai sur la Toile l’autobiographie A Hole in the World, et je découvris en outre que Rhodes avait écrit un autre livre, How to Write. Cela m’importait beaucoup, car j’étais alors dans l’écriture du mémoire. Je commandai sur-le-champ ces deux livres sur Amazon. Lorsque l’autobiographie de Rhodes me parvint et que j’en ouvris la première page, voici ce qu’il y était écrit : « À l’âge de treize mois, ma mère, dans la salle de bains, se donna la mort avec un pistolet. » Une vague de pitié et de compassion monta de ma poitrine ; j’avais peine à respirer. À cet instant même, j’éprouvai pour Rhodes une tacite intelligence du cœur — nous étions tous deux des êtres qui portaient une blessure.En 2008, j’avais déjà esquissé le plan de la mémoire d’Iris, et le contenu en était presque écrit. Je cherchais alors un éditeur. Mais partout les portes me restaient closes. Le plus pénible me fut un éditeur qui me dit : « Vous n’avez jamais publié de livre ; l’anglais n’est pas votre langue maternelle ; et vous n’êtes pas votre fille… » — sous-entendu : cessez, vous n’avez point besoin d’écrire cela. Ses paroles n’étaient pas erronées ; elles me firent voir mes propres défauts. Je me ressaisis donc et entrepris d’étudier la manière dont, en vérité, l’on écrit. Et c’est alors que je découvris le livre de Rhodes, How to Write, et que, fin 2008, je rassemblai mon courage pour lui écrire et lui demander conseil. Dans la lettre, je lui dis sincèrement que j’étais la mère d’Iris Chang, qu’Iris, de son vivant, m’avait dit qu’elle l’avait rencontré et qu’elle avait lu son autobiographie, et que je rédigeais à présent un mémoire à propos d’elle. Quelques jours plus tard, à mon étonnement, je reçus sa réponse. La phrase la plus précieuse de cette lettre était celle-ci : « Vous me demandez comment écrire. Un étudiant, jadis, m’a posé la même question. Je leur ai dit : comment écrit-on ? — c’est, simplement, de “commencer à écrire”. » Il ajouta : « Quand vous aurez écrit, vous pourrez me faire voir le manuscrit. » Je fus, par cet honneur, comblée et émue. J’acceptai aussitôt son conseil et m’attelai au travail. Neuf mois plus tard, j’écrivis à nouveau pour lui dire que j’avais terminé le manuscrit, et lui demander de bien vouloir m’éclairer. Il s’étonna fort — pensant peut-être que cela s’était fait si vite ? En vérité, je m’étais mise à écrire dès la mort d’Iris, mais par à-coups, par moments d’arrêt et de reprise ; à partir de notre correspondance, encouragée par lui, j’avais hâté ma marche, et chaque heure éveillée, je l’avais consacrée à écrire et à réviser. Le premier état du texte était de 230 000 mots ; après une révision sans relâche, il avoisinait 150 000 mots, et je le lui envoyai. Bientôt il me répondit, avec ses suggestions et avec les passages qu’il jugeait à retrancher. C’est un Pulitzer ; je n’avais jamais publié de livre — et il me consacrait, néanmoins, le temps de me guider. Comment ne fus-je pas remuée ? C’est précisément alors que Pegasus Books, à New York — le seul, parmi les centaines d’éditeurs auxquels j’avais écrit, qui répondit favorablement — m’écrivit pour accepter mon livre. Je multipliais les questions au sujet du contrat ; Rhodes m’appelait spontanément pour me conseiller. Je peinais à croire qu’il me prêtât tant de générosité. Heureux pour moi que mon mémoire allait paraître, il accepta d’en écrire la préface.Que Rhodes ait pu être à ce point disposé à aider, qu’il ait été doué d’un esprit aussi plein de force positive, est lié, profondément, à la vie tragique et légendaire qu’il avait lui-même vécue. Il était encore au berceau quand sa mère se donna la mort. Avec son frère aîné, plus âgé d’un an, il vécut dans plusieurs lieux à la suite de son père. Le père se remaria ; la belle-mère les maltraita. Si la chose avait continué, ils fussent morts de faim ou battus à mort. Un jour, son frère eut le courage de pédaler jusqu’au commissariat pour porter plainte (Rhodes a toujours dit la reconnaissance qu’il devait à ce frère qui le protégea) ; le tribunal finit par les confier à un orphelinat du Kansas. C’est là qu’ils grandirent. Rhodes aimait les livres dès l’enfance ; à force de travail, il obtint à la fin du lycée une bourse complète pour Yale, où il achève sa licence. Il commença alors sa carrière de journaliste et d’écrivain. Les blessures laissées par les sévices de sa belle-mère restèrent en lui ; il a écrit lui-même qu’il fallut des années de psychothérapie avant qu’il pût mener une vie normale. Il a triomphé de ces difficultés, il a tenu bon — et seul un parcours pareil peut faire surgir un cœur à ce point ouvert et généreux. Comme je suis fortunée de l’avoir rencontré sur la route de ma vie !Rhodes vivait depuis longtemps sur la côte est. Plus tard il s’établit à Half Moon Bay, en Californie, à peu de distance de chez nous. Pour le remercier de sa générosité, mon mari et moi l’invitâmes, lui et sa femme Ginger, à dîner en mai 2010, dans un restaurant chinois de Foster City. À ma première rencontre avec lui, ma première impression fut qu’il était de haute taille, le visage grave ; mais sitôt la conversation engagée, je découvris en lui une grande douceur. Pour avoir composé The Making of the Atomic Bomb, il connaissait nombre de physiciens ; mon mari avait obtenu son doctorat à Harvard sous la direction du prix Nobel Julian Schwinger et était lui-même physicien théoricien, en sorte que les deux hommes parlèrent longuement de plusieurs grands physiciens théoriciens contemporains — Murray Gell-Mann, Richard Feynman, et d’autres. Ils étaient si pris par cette conversation que nous oubliâmes de prendre une photographie ; par chance, j’avais apporté deux de ses livres, qu’il signa pour nous. Notre seconde rencontre eut lieu en juin 2011, après que Pegasus eut publié mon mémoire. Pour le célébrer, mon mari et moi conviâmes Rhodes et son épouse à déjeuner dans un restaurant de Half Moon Bay. Le restaurant se dressait sur des rochers, au bord de la mer ; par les fenêtres, on voyait les vagues du Pacifique. Avant de prendre congé, nous fîmes une photographie devant le restaurant, la mer en fond. Avec Rhodes, j’entretins une correspondance jusqu’en 2015. Je ne saurais oublier l’encouragement et l’appui qu’il m’a donnés ; sans eux, mon mémoire n’aurait point vu le jour comme il a paru.Dans la préface, il écrit : « J’avais autrefois rencontré Iris Chang. À présent, je connais aussi ses parents ; en eux je puis voir la source de la sagesse et du courage d’Iris Chang. Dans ce mémoire courageux, le lecteur fera la connaissance d’une jeune femme exceptionnelle et de sa famille, et apprendra à connaître sa vie. Comme l’a dit l’anthropologue structuraliste français Claude Lévi-Strauss, la perte d’un être aimé, ou la perte d’un écrivain ou d’un artiste qui nous avait jadis émus, est une absence irréparable — comme si une rose particulière avait pour toujours cessé d’éclore, et que son parfum ne pouvait plus se retrouver nulle part. Un mémoire ne peut faire revenir Iris Chang ; mais il peut, du moins, nous permettre de sentir une nouvelle fois sa présence. Présence qui, désormais, restera vraie pour toujours — pleine de courage, pleine de foi, pleine de vie. »En cette année où les médias se remplissent de commentaires sur le film Oppenheimer, je me souviens de lui avec tendresse : ce fut son Making of the Atomic Bomb qui posa, en moi, la connaissance fondamentale de la naissance de la bombe. Comme je suis fortunée qu’il ait écrit la préface de mon mémoire. Il est du même âge que mon mari, étant lui aussi né en 1937 ; son anniversaire approche. Je lui offre cet article comme cadeau d’anniversaire, en marque de ma gratitude.  Ying-Ying Chang est la mère d’Iris Chang. Docteur en biochimie de l’Université Harvard, elle a publié, en 2011, ses souvenirs en anglais de sa fille, The Woman Who Could Not Forget. La traduction chinoise, Iris Chang : la femme qui ne pouvait pas oublier l’histoire, parut en 2012, en éditions chinois simplifié et chinois traditionnel."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le massacre de Nankin : faits historiques, documents photographiques, archives de la Seconde Guerre mondiale et le récit des femmes dans le livre de 1997",
      "url"    : "/fr/posts/The-Nanking-Massacre-Facts-Pictures-WW2-Documentary-Photos-Women-1997/",
      "date"   : "06 April 2024",
      "image"  : "/images/18.jpg",
      "content"  : "Crimes de guerre de l’armée japonaise : l’unité 731 et ses cruelles expériencesAu cours de la même période, l’armée japonaise commit nombre d’autres crimes de guerre, dont la tristement célèbre unité 731, qui se livra à de cruelles expériences sur des prisonniers. Pris ensemble, ces faits font apparaître l’ampleur de la destruction et l’inhumanité qui marquèrent ces années.Photographies documentaires et preuvesLes photographies documentaires et les écrits historiques fournissent du massacre de Nankin un témoignage que l’on ne saurait nier. De telles images et de tels documents sont indispensables pour qu’on se souvienne des victimes et pour qu’un tel crime ne soit jamais oublié.Le Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondialeLe Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale, le livre à grand succès paru en 1997, mit cet événement à découvert. Son dessein était d’approfondir la conscience et la compréhension de l’un des chapitres les plus sombres du vingtième siècle.Cette histoire consigne la cruauté de la guerre et la souffrance des hommes — et nous avertit en même temps de tenir la paix en haut prix, et de veiller à ce qu’aucune tragédie semblable ne se reproduise."
    } ,
  
    {
      "title"  : "*The Chinese in America* : Iris Chang sur UCTV (édition sous-titrée en chinois)",
      "url"    : "/fr/posts/the-chinese-in-should-america/",
      "date"   : "28 March 2024",
      "image"  : "/images/14.jpg",
      "content"  : "L’auteur Iris Chang interroge en profondeur l’influence durable que l’immigration chinoise a exercée sur l’histoire des États-Unis durant les cent cinquante dernières années. Ce documentaire revient sur les succès et les échecs de la pratique démocratique américaine et sur les leçons que les immigrés chinois en ont tirées — leçons dont le sens, aujourd’hui encore, demeure vif. [Février 2004] [ID du programme : 8475]UCTV est la plate-forme de diffusion et de distribution en ligne de l’Université de Californie ; elle présente les émissions des dix campus de l’Université, de trois laboratoires nationaux et de leurs instituts de recherche associés. UCTV propose à un large public des programmes touchant à de nombreux domaines : sciences, santé et médecine, affaires publiques, lettres, arts et musique, économie, éducation, agriculture. UCTV a commencé à émettre en janvier 2000. Par des programmes de haute qualité et de réelle profondeur, UCTV porte la mission centrale de l’Université de Californie — l’enseignement, la recherche et le service public — au-delà des murs des campus, jusqu’aux téléspectateurs avides de savoir, partout dans le monde.(https://www.uctv.tv)"
    } ,
  
    {
      "title"  : "*Le Viol de Nankin : l&#39;holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale* — Iris Chang — Livre audio en anglais",
      "url"    : "/fr/posts/BV1nx4y1s7hk/",
      "date"   : "10 March 2024",
      "image"  : "/images/146.jpg",
      "content"  : ""
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le Mémorial Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/iris-chang-memorial-hall/",
      "date"   : "02 January 2024",
      "image"  : "/images/24.jpg",
      "content"  : "Le Mémorial Iris Chang est le premier édifice voué à présenter, dans toute leur étendue, la vie et l’œuvre d’Iris Chang : femme de lettres sino-américaine, fille de Huai’an, historienne, et défenseuse des droits de l’homme. Il s’élève dans le district de Huaiyin, à Huai’an, sur la rive nord de l’antique fleuve Huai, occupant un domaine de trente-six mille mètres carrés, dont environ mille sont consacrés à l’exposition.Le mémorial s’adosse à la terre de Huaiyin et tourne sa façade vers l’orient. L’architecture en est grave et sans ornement ; l’intérieur, sobre, et comme silencieux. Quatre formules résument l’esprit qui l’habite : ne point oublier la honte de la patrie ; chérir la paix ; honorer ceux qui se sont levés ; convier la postérité à les imiter. L’agencement des salles obéit à ce fil intérieur que l’on nomme « la mémoire que nous n’avons pas le droit de déposer ». Six salles accueillent le visiteur :  La terre des pères, par-delà l’océan — les attaches anciennes qui lient la maison Chang à Huaiyin.  Un cœur d’enfant chinois loin de chez lui — la croissance d’Iris Chang sous d’autres cieux, et la piété qu’elle conserva, sa vie durant, envers la culture des siens.  Affronter la vérité : Le Viol de Nankin — le récit des cruautés que l’armée japonaise commit dans cette ville, la découverte du Journal de John Rabe et d’autres sources premières, et le livre qu’Iris Chang en tira.  La gardienne inflexible — ses lectures, ses conférences, ses controverses, à travers tout le continent d’Amérique du Nord, toujours au service d’un sens de la justice qui appartient à chaque être humain.  La quête qui ne s’arrêta point — Le Père de la fusée chinoise (la vie de Tsien Hsue-shen) et Les Chinois en Amérique, où l’on voit reparaître la fidélité enfantine à la mémoire culturelle de la Chine.  Une lumière sur le monde — l’estime et le deuil dont fut entourée la vie brève et lumineuse d’Iris Chang, en Chine comme au-delà.Le mémorial fut officiellement inauguré le 7 avril 2017. Les autorités municipales de Huai’an organisèrent une cérémonie solennelle en hommage à l’œuvre d’Iris Chang. Le mémorial s’élève au bord du fleuve Huai, et il sera, en silence, vénéré par les fils et les filles de la Chine, des deux côtés de l’océan, et par ceux qui, venant de plus loin, voudront apprendre ce qu’elle nous a légué.Heures d’ouverture : du mardi au dimanche, de 8 h 30 à 17 h. Fermé le lundi.Adresse : intersection de la rue Nanchang-Nord et de la rue Mu’ai, district de Huaiyin, ville de Huai’an (en face du Bureau de surveillance des denrées et des médicaments).Téléphone : +86 0517-84680328."
    } ,
  
    {
      "title"  : "L&#39;histoire derrière le documentaire *Nanking*",
      "url"    : "/fr/posts/RapeOfNankingMOVIE/",
      "date"   : "05 November 2023",
      "image"  : "/images/162.png",
      "content"  : "Par Ying-Ying ChangLorsque je repasse en mémoire la naissance du documentaire Nanking, je ne puis m’empêcher de dire ceci : il existe en ce monde des choses qui se produisent selon une manière étrange à laquelle aucune raison ne saurait suffire.Après que notre fille Iris Chang se fut donné la mort, le 9 novembre 2004, mon mari et moi tombâmes au plus profond du chagrin. Une année durant, nous nous enfermâmes chez nous, sans franchir le seuil ; nous ne pouvions nous tirer nous-mêmes de ce gouffre. La mort d’Iris nous causa un deuil qu’aucune mesure ne saurait contenir ; elle suscita aussi, chez beaucoup d’inconnus, l’œuvre du souvenir. Mais ce que je n’attendais point, c’était qu’il existât un homme qui, comme nous, ne pût se libérer ni de la mort d’Iris, ni des récits qu’elle avait laissés dans Le Viol de Nankin — et qui, après plusieurs semaines à laisser ce livre tourner dans son esprit, finit par se résoudre à porter à l’écran l’histoire du massacre de Nankin.Au début d’octobre 2005, je reçus une lettre d’un homme nommé Bill Guttentag. Il y disait être réalisateur de documentaires à Hollywood, qu’il préparait un film sur le massacre de Nankin, qu’il vouait à Iris et à son œuvre la plus profonde admiration, et nous demandait notre aide. Aussitôt je cherchai, sur la Toile, qui il était. Il se trouva qu’il avait été couronné par l’Oscar du meilleur documentaire — et le respect monta en moi sur l’instant. Du vivant d’Iris, elle avait souhaité voir un jour l’histoire de Nankin transposée à l’écran ; voici qu’un homme, de son propre mouvement, s’apprêtait à le faire. Une nouvelle plus heureuse, nous n’aurions su l’espérer ; bien entendu, nous étions résolus à l’aider à mener son entreprise au bout. Bill nous donna rendez-vous, à mon mari et à moi, dans un café près du campus de Stanford. Nous nous y rendîmes au jour convenu. Bill ne travaillait pas seulement à Hollywood ; il habitait également près de Stanford, car il y était professeur, donnant des cours sur le cinéma. L’homme assis en face de nous, sa tasse de café à la main, me fit dès l’abord l’impression d’un savant courtois, le tour des lèvres orné d’une fine barbe blanche, sans aucune trace de la grandiloquence qu’on s’attendrait peut-être à trouver chez un grand metteur en scène ; cela mit aussitôt mon mari et moi à l’aise.Bill nous raconta, lentement, comment il en était venu à accepter de réaliser le film. À l’Est, à Washington, vivait un homme riche du nom de Ted Leonsis, qui, ému par le livre d’Iris, voulait financer un film sur le massacre de Nankin. Ted avait souhaité engager Bill comme réalisateur ; mais Bill, jugeant le sujet d’une difficulté presque insurmontable, avait décliné. Sur quoi Ted, contre toute attente, fit voler Bill, dans son jet privé, de la Californie à Washington, et l’invita à assister à un match de l’équipe sportive dont il était propriétaire. Devant tant de sincérité, Bill ne put refuser et accepta. Il avait déjà constitué une équipe de tournage et lu le livre d’Iris avec attention. L’équipe allait se rendre en Chine pour interroger les survivants ; il nous priait de bien vouloir lui apporter notre concours. Nous donnâmes notre accord sur-le-champ. Rentrée chez moi, je me mis aussitôt en quête d’informations sur Ted.Ted Leonsis était américain d’origine grecque — un homme parti de rien, dont l’ascension touchait au légendaire. Ses parents étaient d’humbles travailleurs ; le père espérait que, grandissant, son fils Ted parvînt à se faire engager dans un restaurant. Mais Ted, dès l’enfance, avait su gagner sa vie par son propre travail. L’été, il tondait la pelouse d’un homme qui exerçait à la Bourse ; cet homme, voyant en Ted la diligence et l’intelligence, l’aida à entrer à l’université. Ted obtint son diplôme à l’Université Georgetown, à Washington — il fut le premier de sa famille à fréquenter l’enseignement supérieur. Par sa diligence et par son intelligence, il monta presque sans obstacle jusqu’au poste de vice-président d’America Online (AOL), devint propriétaire de plusieurs équipes sportives, et son patrimoine dépassa la centaine de millions. À vingt-six ans, il avait survécu à un accident d’avion, et cet accident fut le pivot de sa vie. Il décida que, du temps qu’il lui avait été rendu, il ferait quelque chose. Cette résolution devait, par la suite, être le moteur qui le porta à la fortune. Il dressa la liste de cent et une choses qu’il voulait accomplir avant de mourir — l’une d’elles était de réaliser, dans sa vie, un film. Une fois la fortune venue, ses désirs commencèrent, l’un après l’autre, à se réaliser.Après notre rencontre avec Bill, en octobre 2005, je remis à son assistante et coréalisatrice, Violet Feng, tout ce que nous avions à la maison sur le massacre de Nankin — de très nombreuses cassettes vidéo, l’ensemble des entretiens enregistrés d’Iris. Je pris contact aussi avec les administrateurs de la Global Alliance for Preserving the History of WWII in Asia — Ding Yuan, He Yingming, Shao Zhengyin et d’autres — et chacun donna à l’équipe de Bill ce qu’il possédait. J’établis pour eux la liaison avec Zhu Chengshan, directeur du Mémorial des victimes du massacre de Nankin, en sorte que l’équipe de Bill rencontrât rapidement les survivants. Le tournage, en Chine, se déroula sans accroc. Bill resta en correspondance suivie avec moi et nous remercia maintes fois, avec l’Alliance, pour notre soutien.En octobre 2006, l’Alliance tint son assemblée biennale, cette fois organisée par la section de la côte est, à Washington. Après la mort d’Iris, à raison des liens étroits qui l’unissaient à l’Alliance, nous y avions adhéré et nous nous rendîmes à la réunion de Washington. Sur l’introduction de Bill, j’avais entamé une correspondance avec Ted, qui résidait à Washington ; nous étions convenus de nous voir au cours de la réunion. C’est ainsi que, pour la première fois, nous rencontrâmes Ted en personne. Au moment même où il nous aperçut, il vint vers nous et nous tendit la main. Ted était de haute taille, d’une carrure pleine, les cheveux et les sourcils noirs, le regard clair — la physionomie classique de l’Europe orientale. Au cours de la séance, il présenta un fragment du tournage non encore monté de Bill et exprima le vœu que, le film achevé, les sections de l’Alliance aidassent à sa diffusion. Au déjeuner, il demanda expressément à se trouver à notre table. Comme l’Alliance disposait de moyens étroits, le lieu de la réunion était un hôtel des plus sobres ; les tables étaient petites, et Ted s’assit juste en face de nous, à moins d’un mètre de distance. Doux et accueillant, il se tourna vers mon mari et moi pour nous expliquer pourquoi il avait résolu de financer ce film.Ted dit qu’à Noël 2004 il se trouvait sur son yacht privé, en mer des Caraïbes. Comme il n’y avait point de livre à bord, il acheta, à l’escale d’une petite île, un grand tas de numéros anciens du New York Times, qu’il se proposait de lire à loisir. Sur cet amas, il découvrit la nécrologie d’Iris, parue en novembre 2004, accompagnée de son portrait. Il dit qu’il se considérait comme un homme passablement instruit, passablement lettré ; et pourtant, jusqu’à cet instant, il n’avait jamais entendu parler du massacre de Nankin. La nécrologie évoquait le livre d’Iris, Le Viol de Nankin, la zone de sécurité, John Rabe et le groupe international de la zone qui avait sauvé deux cent cinquante mille réfugiés. Tout cela lui était étranger. À partir de ce moment, l’histoire de Nankin se mit à le suivre. Avant qu’il ne descendît à terre, les domestiques jetèrent les vieux journaux à la corbeille ; il advint que la page qui portait le portrait d’Iris se trouvât dessus. Comme Ted passait près de la corbeille, il s’aperçut que les yeux d’Iris, sur la photographie, le regardaient. Il fit quelques pas en avant et en arrière ; les yeux d’Iris suivaient le sien. À ces mots, j’eus, malgré moi, le poil hérissé. Je le regardai grand ouvert : nul signe d’exagération dans son visage. Ted dit, gravement : ces humanitaires de la zone de sécurité auraient pu, dans les périls de la guerre, regagner leur pays et y mener une vie tranquille ; et pourtant ils choisirent de rester et de sauver les réfugiés. La hauteur de leur humanité dépasse ce que la simple admiration peut leur rendre. Il dit : « Dans l’heure la plus sombre, il y a toujours une lueur d’aurore » — c’est cette parole qui devint, par la suite, la devise du documentaire Nanking. Il porta alors la main à sa poitrine et demanda : « À leur place, serais-je resté ? » Cette question, dit-il, ne cessait de le presser. À ce moment de son récit, je fus, en vérité, profondément remuée…Ted poursuivit : à son retour, il alla en librairie acheter tous les ouvrages qu’il put trouver sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et les lut. Il lut aussi, jusqu’au bout, le livre d’Iris. À cette époque, dit-il, l’histoire de Nankin ne le quittait plus ; plusieurs nuits durant, il ne put dormir. Sa femme lui dit : « Je ne t’ai jamais vu si possédé par une chose. » Il nous parlait avec une telle franchise, une telle sincérité, de ce qu’il portait au-dedans ! Il avait de la chaleur, un sens vif de la justice, et l’on s’approchait de lui sans peine. Pas la moindre trace, en lui, du faste d’un grand riche. À vrai dire, en l’écoutant, j’oubliai tout à fait qu’il était l’un des grands hommes d’affaires d’Amérique, qu’il possédait à Washington trois équipes sportives, un avion privé, un yacht. Et c’est ainsi qu’il fit du documentaire Nanking la réalisation de l’un de ces vœux inscrits sur sa liste : faire un film, dans sa vie. Il y investit un million de dollars et engagea le grand réalisateur Bill. Il dit : si l’on devait faire un film, autant qu’il fût bien fait — d’où le souhait du meilleur réalisateur, du tout premier rang.Au début de 2007, Bill avait achevé le montage. Il s’y prit, comme l’on attendait d’un cinéaste lauréat de l’Oscar, par une voie neuve : il appela à participer plusieurs grandes vedettes du Hollywood d’alors, qui acceptèrent gracieusement. Bill, je le suppose, les aura convaincues en invoquant l’esprit des humanitaires de la zone de sécurité. Chaque vedette joua le rôle d’un des étrangers de la zone, et lut à haute voix ses lettres et ses journaux, qui dépeignent l’horreur de ces semaines. Jürgen Prochnow joua John Rabe ; Woody Harrelson, le docteur Wilson ; Mariel Hemingway, Minnie Vautrin.Le documentaire Nanking, achevé en 2007, fut accueilli avec haute estime au festival du film de Sundance, en Utah. Aux Oscars de la même année, il n’obtint pas, comme Ted l’avait espéré, le prix du meilleur documentaire, mais figura parmi les cinq finalistes. Il reçut en outre le Peabody Award — l’un des honneurs les plus élevés qui se puissent décerner dans le champ de la création artistique. Avec les membres de l’Alliance, nous nous employâmes ardemment à la promotion du film, qui fut projeté en Amérique du Nord, en Asie et jusque sur le continent chinois ; son influence sur la connaissance publique de cette histoire fut considérable. À la fin du film, un hommage particulier est rendu à Iris Chang, et l’on remercie ce qu’elle a fait pour cette mémoire. Iris, là où elle est, en est, je le crois, consolée.Une anecdote me revient. En novembre 2007, Mme Ma Difan, dirigeante de la communauté chinoise de Boston, voulut faire projeter Nanking à Boston et inviter M. Leonsis à présenter le film. Je l’aidai volontiers à formuler l’invitation. Mme Ma écrivit à Ted qu’elle prendrait à sa charge le voyage et le transport jusqu’à l’aéroport. Ted répondit qu’elle ne s’en souciât point. Ce n’est qu’après coup que nous nous souvînmes qu’il avait un avion privé. Mme Ma et moi, au téléphone, rîmes ensemble pendant deux bonnes minutes.Mes rencontres, sur le chemin de la vie, avec Ted et Bill, furent brèves ; mais je n’oublierai jamais l’histoire qui se tient derrière ce film. Combien sont, dans ce monde, ceux qui, comme Ted, ressentent vraiment le sacrifice des humanitaires de la zone internationale de sécurité de Nankin ? Combien seraient prêts à investir leur fortune pour faire connaître cette histoire au public ? Quand je repense aux paroles de Ted — que les yeux d’Iris l’avaient suivi, qu’ils avaient saisi son cœur — était-ce, comme on dit dans la religion, un miracle ? Était-ce, comme on dit en science, une télépathie ? Était-ce hasard ? Était-ce destin ? Ou bien : ne sont-ce que ceux dont l’attention est dûment éveillée qui peuvent saisir ces instants mystérieux ? C’est un phénomène que ce monde-ci ne saura jamais épuiser d’explications.  Ying-Ying Chang est la mère d’Iris Chang. Docteur en biochimie de l’Université Harvard, elle a été professeure-associée de recherche en microbiologie à l’Université de l’Illinois (à la retraite). En 2011, elle a publié, à propos de sa fille, ses souvenirs en anglais, The Woman Who Could Not Forget. La traduction chinoise, Iris Chang : la femme qui ne pouvait pas oublier l’histoire, parut en 2012 en édition chinois simplifié et en édition chinois traditionnel."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Cérémonie de don de l&#39;édition dédicacée d&#39;Iris Chang à Huai&#39;an",
      "url"    : "/fr/posts/donation/",
      "date"   : "12 January 2023",
      "image"  : "/images/151.jpg",
      "content"  : "À 14 h 30, dans la salle de conférences du Mémorial Iris Chang de Huai’an, eut lieu la cérémonie de don de l’édition dédicacée du Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale d’Iris Chang. Liu Yu, fondateur du Studio Iris Chang et donateur de l’ouvrage, le personnel du Mémorial Iris Chang de Huai’an et des représentants de la presse prirent part ensemble à cet événement.              Liu Yu / Gouvernement populaire du district de Huaiyin, ville de HuaianGarder l’histoire, c’est tenir en plus haute estime la paix qu’il fut si malaisé de gagner. Notre génération doit se rendre forte et marcher avec résolution dans la voie qu’Iris Chang a ouverte — l’histoire pour miroir : car la force d’un seul peut, elle aussi, changer le monde. (Correspondants : Tao Siyuan, Liu Hui)                  Liu Yu / Gouvernement populaire du district de Huaiyin, ville de Huaian  Cet article est extrait du Gouvernement populaire du district de Huaiyin, ville de Huai’an."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le Parc commémoratif Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/Vwdh-QBPf_4/",
      "date"   : "05 January 2023",
      "image"  : "/images/137.jpg",
      "content"  : "Le 9 novembre 2019, à San José, en Californie, fut inauguré le Parc commémoratif Iris Chang (Iris Chang Park), pour marquer le quinzième anniversaire de la mort de l’historienne Iris Chang, auteur du Viol de Nankin. Ce jour-là, les habitants du quartier, des représentants des associations chinoises et plusieurs élus se rassemblèrent pour rendre hommage à une historienne hors du commun.Le Parc Iris Chang se trouve à l’angle de River Oaks Parkway et de Seely Avenue, à San José, tout près de la maison où Iris avait vécu. Le projet a renoncé aux usages d’une aire de jeux pour enfants et offre, à la place, une large étendue d’herbe, un sentier sinueux et six œuvres d’art public — un silence que l’on pourrait nommer « oasis ». Ces œuvres, sous forme d’arcs, d’ondes et de lignes d’eau, figurent la conviction d’Iris Chang en « la force d’un seul » (Power of One) et conservent la mémoire de la profonde influence qu’elle a exercée sur le monde.              À linauguration, la mère dIris, Ying-Ying Chang, prononça une allocution qui émut tous les assistants. Elle dit quelle espérait que le parc apportât à ceux qui viendraient une mesure de paix intérieure et les encourageât à porter sans crainte des changements au monde. Elle se rappela que le Conseil municipal de San José avait approuvé le plan du parc commémoratif en 2015 et que la famille avait suivi, durant quatre ans, lavancée du projet. Avec une émotion vive, elle dit : « Il y a quinze ans, en ce jour, Iris nous a quittés. Mais son œuvre et son esprit ne cessent de toucher dinnombrables personnes. Au ciel, jen suis persuadée, elle en reçoit la consolation. » Mme Chang exhorta encore lassistance à ne point abandonner ses rêves, à ne point composer avec la société, et exprima le souhait que ce parc devînt, dans la vie de tous, une source dinspiration.Lan Diep, conseiller du quatrième district de San José, dit que le Parc Iris Chang était, pour San José, une oasis verte capable dapporter à ceux qui viendraient un calme intérieur. « Les hommes de notre temps », dit-il, « saccrochent au passé, sinquiètent de lavenir, et ne peuvent jouir de linstant. Que chacun, dans ce nouveau parc, trouve un moment de calme, et apprenne à vivre dans le présent. » Le membre de lAssemblée de Californie, Kansen Chu, remercia tout particulièrement la municipalité de San José davoir honoré Iris Chang par ce parc, et souligna limportance des questions de santé mentale.Richard Deutsch, le concepteur du parc, est lauteur de nombreuses œuvres dart public à travers les États-Unis, dont des pièces à lUniversité Stanford et à Santa Cruz. Au cours de la conception, il a connu en profondeur lœuvre, le caractère et linfluence dIris Chang. Il dit que linfluence dIris se répand comme les ondes sur leau — quelle relie diverses communautés et divers lieux ; aussi a-t-il choisi des sentiers courbes pour figurer ce lien, et plusieurs œuvres tirées de lidée donde pour figurer « la force dun seul ». Il a en outre rapporté dun village de Chine une meule de pierre vieille de près de cinq cents ans, afin de marquer le poids de lhistoire.              Linauguration du Parc Iris Chang nest point seulement le souvenir profond dune historienne remarquable. Elle est le prolongement de la conviction quelle a vécue : que chacun a le pouvoir dapporter un changement. Que ce parc apporte à ceux qui viendront le calme et la force du dedans.* Note : cet article est extrait du *World Journal* du 10 novembre 2019."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le théâtre dansé *Au fond de la mémoire* (HD sur Xuexi Qiangguo)",
      "url"    : "/fr/posts/deep-in-memory/",
      "date"   : "18 September 2022",
      "image"  : "/images/104.jpg",
      "content"  : "Le théâtre dansé Au fond de la mémoire prend pour fil principal l’enquête menée par l’écrivain Iris Chang sur le « massacre de Nankin » de 1937, et fait du souvenir de ceux qui ont vécu les faits son thème central. À partir de quelques mots-clés — le meurtre, le témoignage, le repentir, le déni —, l’œuvre compose des chapitres qui se tiennent par eux-mêmes et qui, en même temps, se valident l’un l’autre. Ces angles divers convergent vers une seule vérité, et ressuscitent la trace historique. La chorégraphie saisit, par une langue dansée droite et forte, les points où l’émotion d’un personnage éclate et les zones les plus sensibles de la tension intérieure ; elle dit en plusieurs couches les changements du sentiment et de l’âme, et frappe, par une force qui ébranle, ce qui, dans la mémoire, ne peut être oublié.Adossée à la qualité d’une scénographie d’esthétique internationale, l’œuvre tient presque du documentaire de scène. Le dramaturge réputé et vice-président de l’Association du théâtre chinois, Luo Huai, a fait observer : « Au fond de la mémoire est une œuvre de large dessein, capable de sortir vers le monde. » Le texte et la mise en scène générale sont de Tong Ruirui ; la création est portée par la Compagnie de théâtre dansé de l’Institut d’opéra et de théâtre dansé du Groupe des Arts du spectacle du Jiangsu ; Iris Chang est jouée par Tang Shiyi et Li Yiran. Iris Chang, John Rabe, Minnie Vautrin, Li Xiuying et Higashi Shirō étant les figures historiques principales, l’œuvre fait monter, par le regard d’Iris, le souvenir de ceux qui ont vécu le massacre de Nankin — pour, à travers ce travail, pleurer la souffrance et la blessure d’un peuple, réveiller la mémoire de l’histoire, et transmettre le sens de la paix.              Li Yiran / Iris Chang"
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le film *City of Life and Death*",
      "url"    : "/fr/posts/city-of-life-and-death/",
      "date"   : "15 August 2022",
      "image"  : "/images/107.jpg",
      "content"  : "City of Life and Death (chinois : 《南京！南京！》, Nanjing ! Nanjing !) est un film du réalisateur de Chine continentale Lu Chuan, qui prend pour sujet le massacre de Nankin. Le tournage commença le 27 octobre 2007 ; le film sortit sur le continent chinois le 22 avril 2009. La même année, City of Life and Death reçut le Coquillage d’or au festival international du film de Saint-Sébastien, en Espagne.City of Life and Death"
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le film *John Rabe*",
      "url"    : "/fr/posts/john-rabe/",
      "date"   : "14 August 2022",
      "image"  : "/images/108.jpg",
      "content"  : "Le film John Rabe est un drame historique tiré d’événements réels. Il raconte l’histoire de l’homme d’affaires allemand John Rabe qui, durant le massacre de Nankin de 1937, mit son rang et son influence à profit pour établir une zone de sécurité, et sauva ainsi la vie à des dizaines de milliers de civils chinois. Par une narration fine et un travail soigné, le film fait apparaître le courage et l’humanité de Rabe dans les pires extrémités, et porte vivement au jour la lumière de l’humain au milieu de la guerre. Salué partout dans le monde, le film a reçu plusieurs récompenses internationales ; il demeure une œuvre cinématographique historique fort appréciée."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Du partage et de la reprise des contenus du Studio Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/content-reposting-guidelines/",
      "date"   : "12 August 2022",
      "image"  : "/images/29.jpg",
      "content"  : "Ces derniers temps, nous avons constaté que certains utilisateurs ont ouvert, sur Weibo, sur la plate-forme publique WeChat, sur Douyin et autres réseaux sociaux, des pages personnelles où ils diffusent des contenus relatifs à Iris Chang. Nous savons gré à chacun de son attachement à Iris, et tenons l’intention pour bonne en elle-même. Mais ces pages commencent à semer la confusion sur la Toile : il advient que le lecteur ne sache plus distinguer celles qui sont autorisées de celles qui ne le sont point.Le Studio Iris Chang voit avec plaisir que l’on partage les nouvelles relatives à Iris. Nous prions toutefois, avec sérieux, ceux qui tiennent une page sous le nom de « Studio Iris Chang » de ne point faire naître la confusion avec nous. Que sur la page même il soit clairement indiqué que cette page n’est pas tenue par le Studio.Nous avons en outre observé qu’une partie de ces pages personnelles sert à la vente de livres. Nous le déclarons ici, formellement : le Studio Iris Chang est, à perpétuité, sans but lucratif, et organise chaque année des dons de livres. Toute activité de vente, quelle qu’elle soit, est sans rapport avec le Studio.International :  Twitter : Iris Chang Studio  Facebook : Iris Chang StudioChine continentale :  Compte public WeChat : 張純如紀念工作室  Canal WeChat : 張純如工作室  Xiaohongshu : 張純如工作室  Douyin : 至純至勇的鳶尾花  Sina Weibo : 至純至勇的鳶尾花Hors des plates-formes énumérées ci-dessus, toute page ou tout organe se réclamant du « Studio Iris Chang » n’a aucun rapport avec le Studio, et les textes ou les contenus audiovisuels qui y sont diffusés n’ont point reçu d’autorisation officielle. Afin que ne s’élève aucune incertitude sur leur exactitude, nous prions chacun, lorsqu’il recueille des informations, de bien distinguer leur origine, pour ne se laisser ni troubler ni induire en erreur par des nouvelles d’origine douteuse.Nous appelons tout le monde, avant de citer ou de reprendre quelque contenu que ce soit, à le vérifier brièvement, et — qu’on en reproduise la totalité ou une partie — à indiquer nettement le lieu et la date de la première publication. Nous recommandons aussi, quand vous tombez sur un texte ou un enregistrement d’origine peu claire qui porte le nom « Studio Iris Chang », de vous abstenir de le partager et de le reprendre."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Cover en exclusivité | Une enseignante renvoyée pour propos erronés en classe — Le Studio Iris Chang : ne point oublier l&#39;histoire, car l&#39;oubli est un second « massacre »",
      "url"    : "/fr/posts/thecover/",
      "date"   : "16 December 2021",
      "image"  : "/images/159.jpg",
      "content"  : "Cover News, journalistes Xun Chao et Wu DeyuRécemment, à l’École de cinéma de l’Est du Collège professionnel Zhendan de Shanghai, une enseignante du nom de Song a, en classe, tenu publiquement des propos erronés sur le massacre de Nankin et a, par là, induit ses étudiants en erreur. L’affaire a attiré l’attention du pays entier. Le 16 décembre au soir, le Collège professionnel Zhendan de Shanghai a publié un « avis officiel » et a renvoyé Mme Song.L’avis stipule : « Après vérification de notre établissement, il a été établi que, dans l’après-midi du 14 décembre 2021, dans le cadre du cours Reportage et entretien d’actualité, l’enseignante Mme Song a tenu des propos erronés qui constituent un grave incident pédagogique et qui ont provoqué un préjudice social considérable. Conformément aux Procédures d’identification et de traitement des incidents pédagogiques du Collège professionnel Zhendan de Shanghai et aux Dispositions provisoires relatives à la sanction du personnel enseignant, Mme Song est, par la présente, renvoyée. »L’établissement précise en outre : « Notre collège accorde la plus haute valeur à la moralité du corps enseignant et au style propre à la profession. Nous nous servons de cet exemple pour resserrer la gestion de l’enseignement, la discipline politique de la salle de classe et les règles de conduite. Face à toute violation de la règle, nous tenons sans exception à l’attitude de la « tolérance zéro » ; toute infraction, dès qu’elle est avérée, sera sanctionnée sans la moindre indulgence. »Le 16 au soir, le journaliste de Cover News s’est adressé au « Studio Iris Chang ». Réagissant aux propos erronés de Mme Song, le studio a exprimé sa stupeur et son regret : « Au jour de la commémoration nationale, alors que tout le pays portait le deuil des morts du massacre de Nankin, l’enseignante Song osa, en pleine classe, mettre en doute le nombre des victimes du massacre, jusqu’à dire que « ceux qui sont morts sans nom, sans identité, ne comptent pas ». Pareille parole revient, sans détour, à plaider la cause des forfaits du militarisme japonais. »Selon le studio, en janvier 1995, Iris Chang se rendit à la Bibliothèque du Congrès et à la bibliothèque de l’École de divinité de Yale pour y rassembler les documents nécessaires à son livre Le Viol de Nankin : le massacre oublié. En juillet de la même année, elle alla seule à Nankin afin d’y interroger en personne les survivants. « Ce qui faisait le plus de mal à Pure Ru, durant la rédaction, c’était de lire, cas après cas, les récits de ce que les soldats japonais avaient infligé aux civils chinois. »De 1937 à 1938, l’armée japonaise commit à Nankin, par des moyens qui dépassent ce que la langue peut nommer, des assassinats, des supplices et des violences sur d’innombrables innocents. Iris Chang lut au moins plusieurs centaines de tels cas. « Elle lisait souvent jusque tard dans la nuit, comme si elle se trouvait à nouveau sur les lieux du carnage. Cette pesanteur d’étouffement ne voulait pas la quitter. Parfois il lui fallait se lever de son bureau, prendre de longues respirations ; mais les images cruelles ne s’éloignaient pas. Sa mère, un jour, lui demanda : « Vas-tu poursuivre ? » Elle répondit : « Ce que j’éprouve à présent ne saurait se mesurer à ce qu’ont enduré les victimes. Je veux sauver ceux que l’on a oubliés dans l’ombre ; je veux parler pour ceux qui n’ont plus de voix. »Madame Iris ChangSa mère, Mme Ying-Ying Chang, déclara : « Le Viol de Nankin est un message au monde entier : il nous faut tâcher avec ardeur de mettre au jour la vérité historique, soutenir la justice, défendre la vérité. » Le studio a aussi confié au journaliste : « Nous avons vu récemment, sur les réseaux, qu’un blogueur taïwanais menait, à l’occasion du jour de commémoration nationale, une enquête auprès de jeunes Taïwanais : savaient-ils ce qui s’était passé le 13 décembre 1937 ? estimaient-ils que le Japon devait présenter ses excuses ? Les résultats de cette enquête se sont révélés profondément décevants. »Le Studio Iris Chang ajoute : « De ces deux affaires, il ressort que l’éducation des jeunes générations à une juste vue de l’histoire est d’une importance capitale. Comment amener les jeunes Chinois à se forger une vue juste de l’histoire ; comment amener le gouvernement japonais à présenter de sincères excuses — voilà des tâches que la société entière doit prendre en charge ensemble, dès aujourd’hui et pour longtemps. Nous devons graver en nous : ne point oublier l’histoire, car l’oubli est un second massacre. Quant à Mme Song, le collège ne doit pas seulement la sanctionner sévèrement ; il doit aussi la former à une juste vue de l’histoire. Le Studio Iris Chang offre chaque mois au public des exemplaires des livres d’Iris Chang ; nous serions également prêts à offrir un exemplaire du Viol de Nankin à cette enseignante. »  Rédactrice : Xie Tingting"
    } ,
  
    {
      "title"  : "La force d&#39;un seul peut changer le monde — Le Studio Iris Chang reçu par le *Hawaii Chinese Daily*",
      "url"    : "/fr/posts/the-power-of-one/",
      "date"   : "18 December 2020",
      "image"  : "/images/128.jpg",
      "content"  : "Iris Chang, née à Princeton, dans l’État du New Jersey, fit ses études au département de journalisme de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Son livre Le Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale, paru en 1997, fut la première étude approfondie du massacre de Nankin en langue anglaise — un livre qui mit fin, d’un seul trait, au long silence du monde anglophone sur la trace écrite de cet événement. À peine publié aux États-Unis, il s’imposa comme l’un des grands ouvrages de non-fiction du pays et figura trois mois durant sur la liste des meilleures ventes du New York Times. Pour honorer sa contribution, le Hawaii Chinese Daily, pour la première fois de son histoire, a inscrit parmi ses « Personnalités de la Grande Chine » une personne qui se trouve déjà au ciel — Iris Chang. Le chroniqueur du Washington Post, George Will, a écrit : « Grâce au livre d’Iris Chang, le second « viol de Nankin » est terminé. »1. Pour commencer, parlez-nous de la vie d’Iris Chang.Iris naquit le 28 mars 1968 à Princeton, dans le New Jersey. En 1967, ses parents avaient achevé leur doctorat et s’étaient rendus à Princeton pour y poursuivre, en post-doctorat, leurs travaux. Son père, Shau-Jin Chang, faisait des recherches en physique à l’Institute for Advanced Study de Princeton ; sa mère, Ying-Ying Chang, en biologie, en post-doctorat à l’Université de Princeton. Lorsque Iris eut un peu plus d’un an, son père reçut un appel à un poste de professeur à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, et la famille s’installa dans cette ville universitaire qu’est Champaign-Urbana, en Illinois.Iris y grandit. En 1985, elle obtint son diplôme de la University Laboratory High School de l’Illinois. En 1989, elle reçut son baccalauréat de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Pendant les deux premières années, elle étudia les mathématiques et l’informatique ; au second semestre de la troisième année, prise par la passion des lettres, elle changea de discipline et obtint son diplôme en journalisme.Sa licence achevée, Iris fit des stages à la rédaction chicagoaise de l’Associated Press et au Chicago Tribune ; puis elle revint à l’Université de l’Illinois étudier l’histoire pendant un semestre. Bientôt, le programme d’écriture de l’Université Johns Hopkins lui offrit une bourse d’enseignement assistant, pour un master d’écriture d’un an. Iris accepta, et reçut son master d’écriture de Johns Hopkins en mai 1991.(Diplôme de master décriture dIris Chang, Université Johns Hopkins.)La directrice d’études d’Iris, Barbara Culliton, fut prise par son style. Une amie de Culliton, Susan Rabiner, éditrice chez HarperCollins, cherchait quelqu’un qui sût le chinois pour écrire la biographie de Tsien Hsue-shen. Iris, à l’époque, était fort jeune ; mais ce livre devait être le tournant de sa vie d’écrivain. En 1995, le premier livre de sa carrière — Thread of the Silkworm: The Life of Tsien Hsue-shen — vit le jour.Iris a écrit, en sa vie, trois livres : en 1995, Thread of the Silkworm: The Life of Tsien Hsue-shen ; en 1997, Le Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale ; et en 2003, The Chinese in America.*Thread of the Silkworm: The Life of Tsien Hsue-shen**Le Viol de Nankin : lholocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale**The Chinese in America*Ce n’est là qu’une esquisse fort succincte de la vie d’Iris. Que celui qui veut entrer plus avant dans cette vie lise le livre de Ying-Ying Chang, La femme qui ne pouvait pas oublier l’histoire (The Woman Who Could Not Forget). C’est à la fois un livre de souvenirs d’une mère sur sa fille et une véritable biographie d’Iris Chang ; tout y est rapporté dans les détails essentiels.2. Dans quel foyer Iris Chang a-t-elle grandi, et quel héritage culturel portait-elle en elle ?(Photographie de famille du temps des six ans dIris. Au fond : ses parents. Devant : son grand-père maternel, Chang Tieh-chün, en bas à gauche, et sa grand-mère, Sun Yi-pai.)Le père de Ying-Ying Chang — c’est-à-dire le grand-père maternel d’Iris, Chang Tieh-chün — fut un journaliste connu en son temps, qui exerça pendant de longues années les fonctions de rédacteur en chef au Chung-Hua Daily. Il tenait à l’héritage chinois et insistait : « Où que nous allions de par ce monde, ne perdons jamais la mémoire de nos racines chinoises. » Cette conviction continua de vivre en Mme Chang et passa, à l’insu de tous, dans l’esprit de ses enfants.Dès l’enfance, Iris apprit non seulement l’anglais, mais aussi le chinois. Son père et sa mère firent le maximum pour lui transmettre l’héritage chinois. Aussi Iris ne s’est-elle jamais sentie, en Amérique, appartenir à une « minorité » : c’est qu’elle avait été, dès sa première enfance, en contact étroit avec l’héritage chinois ; elle savait d’où venaient ses racines, elle s’enorgueillissait d’être américaine d’ascendance chinoise, elle s’enorgueillissait que dans ses veines coulât le sang chinois.Iris aimait les livres dès l’enfance. À chaque visite à la bibliothèque, elle en rapportait par brassées. La bibliothèque était le lieu qu’elle préférait à tout autre.Il faut noter ici un détail : lorsque, plus tard, des journalistes l’interrogèrent, elle dit qu’à quinze ans elle avait commencé à écrire les buts qu’elle voulait atteindre dans sa vie — et que cela avait été, en effet, un tournant. À sa propre stupeur, elle constata, vers la fin de l’année, qu’elle avait atteint chacun des buts qu’elle s’était fixés : dans ses études, dans ses activités hors des cours, dans les distinctions reçues. Ces phrases, dit-elle, étaient comme touchées d’une magie. Dès lors, elle comprit qu’elle pouvait, dans une certaine mesure, tenir en main son propre destin. Cette pensée s’était formée en elle de très bonne heure.3. Qu’est-ce qui la poussa à écrire Le Viol de Nankin ?Vers 1979 ou 1980, alors qu’Iris était en cinquième année de l’école, elle s’éveilla au goût de chercher ses racines, et conçut une vive curiosité pour l’histoire et le fond de sa famille. Elle se mit à poser à ses parents toute sorte de questions : d’où venons-nous, des deux côtés ? Pourquoi avons-nous dû venir en Amérique ? Quand vous aviez mon âge, à quoi ressemblait la Chine ?La maison Chang était d’une remarquable ouverture ; il n’y avait rien de réservé, et c’est au dîner que les parents racontaient à Iris l’histoire de leur famille. Ils lui expliquèrent, par exemple, ce que disait souvent le grand-père d’Iris : Que la richesse et le rang ne te corrompent point, que la pauvreté et la condition humble ne te déplacent point, que la force et la menace ne te courbent point — et comment, malgré la pauvreté, la famille avait surmonté toutes les épreuves, défié son propre destin, et s’était relevée par le travail.Ils lui dirent aussi ce que les deux branches de la famille avaient souffert pendant la guerre contre le Japon, puis dans la guerre civile entre les Nationalistes et les Communistes. Surtout, les événements de 1937 — l’invasion de Nankin par l’armée japonaise et le massacre inhumain qui en suivit — étaient une page d’histoire qu’aucun Chinois ne pouvait jamais oublier. Tout Chinois, lui dit-on, devait garder en mémoire les actes cruels que l’impérialisme japonais avait commis pendant la guerre.Le 13 décembre 1937, en effet, lorsque l’armée japonaise prit Nankin et que le massacre commença, le correspondant du New York Times, Frank Tillman Durdin, écrivit un article qui parut à la une. Plusieurs journaux donnèrent, en ces semaines, des comptes rendus du fait. Et pourtant, soixante ans plus tard, le monde occidental avait entièrement oublié cette terrible page d’histoire.Les récits de guerre que ses parents disaient à la maison étaient, dans la société américaine, à peu près inconnus. Iris ne trouvait, dans ses manuels d’école ni à la bibliothèque publique, presque rien sur le massacre de Nankin, alors même que l’histoire de l’extermination des Juifs par les nazis était enseignée dans le détail. Elle voulait savoir d’où venait un écart si énorme.Mais ce qui la décida finalement à prendre la plume, ce fut une exposition de photographies sur le massacre de Nankin tenue, en décembre 1994, à Cupertino, dans la baie de San Francisco. « C’est l’horreur de ces photographies », dit-elle, « qui éveilla en moi le désir d’écrire ce livre. Que ce livre rapporte de l’argent ou non, peu m’importait : je voulais que tous les hommes du monde sachent ce qui s’était passé à Nankin en 1937. » Ainsi Iris se mit-elle en quête de la vérité du massacre. En janvier 1995, elle se rendit à la Bibliothèque du Congrès et à la bibliothèque de la Yale Divinity School pour rassembler les matériaux ; en juillet de la même année, elle alla seule à Nankin pour interroger les survivants.(Iris au travail dans les archives.)(Iris interrogeant Xia Shuqin, survivante du massacre de Nankin.)Quand elle écrivait Le Viol de Nankin, Iris oubliait le sommeil, oubliait la nourriture, et, sans tenir compte des douleurs du corps ni de l’âme, persistait à mener l’œuvre à terme. Sa mère lui demanda un jour : « Vas-tu continuer ? » Iris répondit : « Ce que je traverse à présent ne se peut comparer aux souffrances qu’ont endurées les victimes. Je veux sauver ceux qui ont été oubliés dans l’ombre, et parler pour ceux qui ne peuvent plus parler. »Au cours de ses recherches, le nom de John Rabe revenait sans cesse dans les documents — et nul, après la guerre, ne savait ce qu’il était devenu en Allemagne. Iris ne lâcha point ; avec le temps, elle finit par retrouver sa petite-fille, et, par celle-ci, le Journal de John Rabe. La découverte du Journal de Rabe fut l’une des grandes contributions qu’Iris a faites à l’histoire du massacre de Nankin.(Pages du *Journal de Rabe* quIris Chang remit au Mémorial de Nankin.)(Effigie dIris Chang au Mémorial des victimes du massacre de Nankin par les envahisseurs japonais.)Lorsque l’ambassadeur du Japon aux États-Unis critiqua publiquement son livre comme « inexact », Iris le défia sans détour. Le 1er décembre 1998, à l’émission NewsHour with Jim Lehrer de la chaîne publique PBS, elle débattit, devant tout le pays, avec l’ambassadeur Kunihiko Saito.Les parents d’Iris n’avaient point imaginé que les histoires qu’ils laissaient tomber, à la table du soir, au hasard des paroles, finiraient un jour par pousser leur fille à écrire un livre qui se vendrait sur la terre entière, et qui changerait, dans le monde tout entier, la façon dont on regardait la Seconde Guerre mondiale : Le Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale.4. Iris Chang croyait à « la force d’un seul ». Dans quelles conditions est-elle parvenue à cette conviction ?C’est en écrivant Le Viol de Nankin qu’Iris a éprouvé en elle « la force d’un seul ». Elle croyait qu’un seul, travaillant seul, peut accomplir — peut atteindre le but qu’il s’est fixé.Lecture de Mme Chang : c’est dans l’expérience de l’écriture du Viol de Nankin qu’Iris en est venue à cette conviction, que la force d’un seul peut, elle aussi, changer le monde. Pour mener ce livre à terme, il fallait, selon Mme Chang, que cinq qualités se rencontrassent en Iris : la curiosité, la passion, l’effort soutenu, le refus de se rendre, et le courage.5. Que signifie « la force d’un seul » pour le travail du Studio Iris Chang ?D’abord, une brève introduction. Le Studio fut fondé il y a trois ans.J’ai pour ma part connu Iris Chang en 2008, par le documentaire d’Olivia Cheng, Iris Chang: The Rape of Nanking. J’étais alors en dernière année de lycée. Aussitôt le film achevé, j’achetai Le Viol de Nankin et le lus. J’ai gardé le livre depuis ; chaque fois que j’ai du temps, je le reprends.J’avais toujours supposé que, pour quelqu’un de sa portée, il y avait déjà une équipe vouée à rassembler et à mettre en ordre son œuvre, ses conférences, ses enregistrements — à les commenter et à en rendre compte plus avant — puisqu’elle avait éveillé le monde entier à reconsidérer les crimes de l’impérialisme japonais durant la guerre. Or je découvris que personne ne faisait ce travail. J’écrivis donc à Mme Chang par courrier électronique pour lui dire que j’avais une idée : fonder un studio à la mémoire d’Iris.Parmi les tâches actuelles du Studio : la traduction des conférences filmées d’Iris Chang, afin de les rendre au public dans le plus bref délai. Nous travaillons aussi avec le Mémorial Iris Chang de Huai’an pour les commémorations.Tout récemment, le Studio s’est associé à l’Institut de Recherche Outlook pour produire une série de NFT « Super Iris », qui paraîtra sur l’une des grandes plates-formes d’échange de NFT inter-chaînes.Par le passé, c’est Mme Chang elle-même qui donnait, le plus souvent, les conférences publiques ; mais elle ne doit point trop s’épuiser, et elle a sa famille à ménager. Aussi le Studio se présentera-t-il, de plus en plus, devant le public au nom d’Iris — afin de former une nouvelle génération qui portera plus loin et propagera l’esprit d’Iris. Cette tâche est, pour le Studio, une tâche centrale : former une nouvelle génération qui prendra la suite du travail de Mme Chang.Je vis à Hangzhou. Les lieux que j’aime le plus sont la pagode Baochu et le temple du Roi Yue — des lieux où il me semble revoir Iris dans les photographies prises lorsqu’elle vint, jadis, à Hangzhou. Je crois ceci : quels que soient les passages des années, entre Iris et moi, dans le plus profond de l’âme et de l’esprit, il y a une correspondance qui traverse le temps et l’espace.(Iris Chang au temple du Roi Yue, Hangzhou.)  Note de la rédaction du Hawaii Chinese Daily : vers 1965, alors qu’il exerçait à Taipei, le rédacteur, parmi ses tâches hebdomadaires, devait visiter les chroniqueurs politiques d’alors pour recueillir leurs manuscrits et leur remettre leurs honoraires. À chaque visite à la maison de M. Chang Tieh-chün, à Xindian, il lui était offert une tasse de thé et un court entretien, marqué de chaleur. Tout récemment, en parlant avec Mme Ying-Ying Chang, le rédacteur a appris que M. Chang Tieh-chün était son père, et donc le grand-père maternel d’Iris Chang. Que l’un des hommes qu’il a le plus admirés se trouvât ainsi lié à Iris Chang : voilà ce qu’il n’eût su prévoir. Avec la famille Chang, le rédacteur regrette une rencontre qui vint trop tard. Il l’inscrit ici, pour qu’elle soit gardée."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Le docteur Ying-Ying Chang : « La force d&#39;un seul peut, elle aussi, changer le monde » — Pour le seizième anniversaire de la mort d&#39;Iris Chang et le premier anniversaire du Parc Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/AfKL7OPbDmc/",
      "date"   : "12 November 2020",
      "image"  : "/images/17.jpg",
      "content"  : "Conférence : La force d’un seul peut, elle aussi, changer le monde— Pour le seizième anniversaire de la mort d’Iris Chang et le premier anniversaire du Parc Iris ChangDate : mercredi 11 novembre 2020Heure de la côte ouest des États-Unis : 11 novembre, 20 hHeure de Pékin : 12 novembre, midiConférencière : Dr Ying-Ying ChangPrésentation de la conférencière :Le docteur Ying-Ying Chang est née pendant la guerre dans la capitale de circonstance, Chongqing, puis a passé en famille à Taïwan ; elle a fait ses études à l’Université nationale de Taïwan, a soutenu en 1967 sa thèse de doctorat en biochimie à l’Université Harvard, et y a épousé le physicien Shau-Jin Chang. Le docteur Chang est ensuite entrée au Département de microbiologie de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign et y a entamé une carrière d’enseignement et de recherche qui a duré trente ans. Ses articles ont paru dans les premières revues scientifiques, dont Science, le Journal of Biological Chemistry, le Journal of Bacteriology et les Proceedings of the National Academy of Sciences. Après son entrée à la retraite, elle et son époux se sont installés à San José, en Californie.La regrettée écrivaine Iris Chang — auteur de L’holocauste oublié — était la fille aînée du docteur Chang. Après la mort de leur fille, le docteur Chang et son époux se sont voués à la conservation et à la transmission de l’histoire du théâtre asiatique de la Seconde Guerre mondiale, et ont fondé ensemble la Iris Chang Memorial Foundation, en mémoire de l’esprit de leur fille, qui a mis au jour les faits historiques et veillé sur la vérité. En 2011, le docteur Chang a achevé son livre de souvenirs sur sa fille, The Woman Who Could Not Forget.Programme :Pour le premier anniversaire du Parc Iris Chang — Allocution de Kansen Chu, membre de l’Assemblée de CalifornieLa force d’un seul peut, elle aussi, changer le monde — Conférence principale du docteur Ying-Ying ChangAu fond de la mémoire — Discussion et retour"
    } ,
  
    {
      "title"  : "L&#39;histoire ne doit pas être oubliée — La mère d&#39;Iris Chang, en larmes, écrit un livre à seule fin d&#39;accomplir le dernier vœu de sa fille | 17 octobre 2020, *Que le monde m&#39;écoute*, CCTV International",
      "url"    : "/fr/posts/X8rHbrm51GA/",
      "date"   : "17 October 2020",
      "image"  : "/images/16.jpg",
      "content"  : "L’écrivaine sino-américaine Iris Chang est l’auteur du Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale. La nouvelle de sa mort, en 2004, plongea toute la communauté chinoise d’Amérique du Nord dans une profonde douleur.Sur la scène de Que le monde m’écoute (World, Listen to Me) montent des conteurs venus de pays très divers : des Chinois d’outremer ayant apporté à leur domaine une contribution remarquable, et des amis d’autres pays qui aiment la culture chinoise et s’y trouvent, à leur manière, indissolublement liés. À travers une vie après l’autre, racontée avec brillant et émotion, cette scène fait paraître des points de vue différents, et nous offre, à tous, la beauté d’une compréhension commune."
    } ,
  
    {
      "title"  : "*Jiayu Jeng a quelque chose à dire* — En mémoire d&#39;Iris Chang",
      "url"    : "/fr/posts/jiayu-jeng/",
      "date"   : "14 November 2019",
      "image"  : "/images/126.jpg",
      "content"  : "Le 9 novembre 2004, l’écrivaine sino-américaine Iris Chang, atteinte de dépression, mit fin à ses jours chez elle ; elle avait trente-six ans. Sa renommée internationale tenait à Le Viol de Nankin : l’holocauste oublié de la Seconde Guerre mondiale, ce livre à grand succès paru en 1997, qui mit en lumière le cours cruel du massacre de Nankin et devint un document historique fort remarqué. Après des années de préparation et le labeur infatigable de nombreuses personnes du quartier, un parc portant son nom fut officiellement inauguré, le 9 novembre 2019, dans le nord de San José — à la mémoire de sa contribution exceptionnelle et de son héritage spirituel.À la veille de l’inauguration, les parents d’Iris Chang ainsi que Kansen Chu, membre de l’Assemblée de Californie qui fut le moteur du projet, furent invités à la célèbre émission télévisée en langue chinoise de la Baie de San Francisco, Jiayu Jeng a quelque chose à dire, pour se souvenir ensemble de cette femme courageuse qui prit la plume pour arme et tint pour la vérité de l’histoire. Au cours de l’émission, les invités évoquèrent, avec une émotion profonde, les traces de la vie d’Iris Chang, et soulignèrent l’immense service qu’elle rendit pour faire progresser la mémoire historique et pour approfondir la compréhension entre les nations.« Le Parc Iris Chang » n’est point seulement un parc de souvenir : il est un repère culturel, le signe d’une quête durable de la vérité, de la justice et de l’esprit d’humanité. Son inauguration est un haut hommage à un esprit qui donna voix à l’histoire et ne céda devant aucune force ; elle est, en même temps, la garde solennelle de l’héritage qu’elle a laissé."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Iris Chang : Paroles choisies",
      "url"    : "/fr/posts/analects/",
      "date"   : "28 March 2019",
      "image"  : "/images/127.jpg",
      "content"  : "Avant toute chose — je vous prie, je vous prie, je vous prie : croyez à la force d’un seul. Un seul homme peut changer le monde dans une mesure considérable. Un seul homme — en vérité, une seule idée — peut allumer une guerre, mettre fin à une guerre, renverser tout un édifice de pouvoir. Une découverte peut guérir une maladie ; une technique nouvelle peut faire le bien ou la perte de l’humanité. Tu es un homme, et tu peux changer la vie de millions d’autres. Vise haut. Ne rétrécis point ton regard, et n’abandonne jamais le rêve ni la conviction que tu portes.        L’écrit est la seule façon de garder l’essence d’une âme.        L’homme meurt en effet deux fois : une fois de la mort du corps, et une fois à l’heure où il s’efface de la mémoire des autres.        Quand on jette le regard en arrière sur mille ans d’histoire, ceci devient clair : aucune race, aucune culture, ne tient le monopole de la cruauté à la guerre. Le vêtement de la civilisation paraît bien mince — assez mince pour que les hommes parviennent, sans peine, à se l’arracher du corps.        Que ce livre rapporte de l’argent ou non, peu m’importe. Ce que je veux, c’est que tous les hommes du monde sachent ce qui s’est passé à Nankin en 1937.        Quoique j’eusse, depuis l’enfance, entendu maintes descriptions du massacre de Nankin, ces photographies sont venues sur moi sans préavis. Les images crues, en noir et blanc, ne souffraient point d’être regardées : des victimes décapitées ou éventrées ; des femmes nues, contraintes par leurs violeurs à prendre une posture obscène après l’autre, le visage tordu, la douleur visible, la honte et la fureur si profondément gravées que l’œil, ensuite, ne pouvait plus les laisser fuir."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Iris Chang — Le film du massacre de Nankin",
      "url"    : "/fr/posts/iris-chang-movie/",
      "date"   : "06 July 2007",
      "image"  : "/images/122.png",
      "content"  : "PréambuleÀ l’été de 1937, l’incident du pont Marco-Polo leva le rideau sur la guerre de résistance de la Chine contre le Japon. Soixante-dix ans plus tard, Nankin, Iris Chang : Le Viol de Nankin, The Rape of Nanking, et Nankin ! Nankin ! — entre autres films et documentaires — étaient projetés à travers le monde, et ramenaient devant nos yeux cette histoire douloureuse.Dans un monde où certaines voix au Japon s’efforcent encore de fausser le récit historique, l’apparition de ces œuvres revêt un sens historique propre. Cependant, le travail de retrouver l’histoire et de la méditer n’est point achevé.Sur les pas d’Iris ChangZhu Chengshan, directeur du Mémorial des compatriotes victimes du massacre de Nankin par les envahisseurs japonais, dit un jour d’Iris Chang : « Elle fut comme une fleur en pleine floraison, qui se fana, à notre regret, beaucoup trop tôt ; elle fut aussi comme un soldat tombé sur le champ de bataille, derrière qui se dressent d’innombrables autres, prêts à reprendre l’œuvre qu’elle laissa inachevée. »En mars 2007, Wang Weixing, debout sur le rempart de la porte Zhongshan à Nankin, désignait l’horizon en parlant à Olivia Cheng : « Le 13 décembre 1937, l’armée japonaise est entrée par là, et a pris la porte Zhongshan. » Il répondit à ses questions avec un grand soin, et sa voix s’éleva : « Savez-vous ce qu’a signifié l’écriture de ce livre ? Savez-vous ce qu’a signifié de mettre la vérité du massacre de Nankin au grand jour ? » — comme si Wang Weixing fût retourné en cet instant qui se trouvait à douze ans en arrière, et où il avait dit ces mêmes paroles à Iris Chang. La ressemblance entre Olivia Cheng et Iris Chang fit naître en lui des sentiments qu’il était difficile de mettre en mots.Faire revivre l’histoire — d’Iris Chang à Olivia ChengPour faire revivre, sur la pellicule, les jours pendant lesquels Iris Chang rassembla, à Nankin, ses matériaux, les experts et les survivants qui l’avaient connue prirent part au tournage du documentaire Iris Chang. Olivia Cheng — la seule actrice du film, une femme chinoise élevée au Canada — semblait née pour incarner Iris Chang.L’admiration qu’Olivia Cheng portait à Iris Chang remontait à 1998, quand, par un article de couverture du Reader’s Digest, elle avait, pour la première fois, « rencontré » Iris Chang. Le Viol de Nankin : le massacre oublié de la Seconde Guerre mondiale avait laissé sur le monde occidental une empreinte profonde, et Olivia Cheng sentit qu’en tant qu’être de descendance chinoise, elle avait le devoir de connaître cette histoire.En 2006, lorsqu’Olivia Cheng se mit en quête de mieux connaître son modèle, on lui apprit qu’Iris Chang était partie depuis déjà deux ans.              Olivia Cheng / Iris ChangToucher l’histoire — de San Francisco à NankinOlivia Cheng résolut de faire que le souvenir d’Iris Chang fût vivant, par un livre, par un film. À ses propres frais, elle se rendit à San Francisco, alla trouver les proches et les amis d’Iris Chang, parcourut les écrits qu’elle avait laissés, et s’inclina sur sa tombe.En février 2007, Olivia Cheng eut connaissance de l’avis de casting pour le documentaire Iris Chang. Elle écrivit aussitôt et, finalement, fut retenue. Pour mieux jouer celle qui habitait son cœur, elle continua de suivre les pas d’Iris Chang, jusqu’à parvenir à Nankin.Héritage et continuité de l’histoireLe succès remporté par Le Viol de Nankin dans le monde occidental tenait à la rigueur de l’enquête d’Iris Chang, à la maîtrise de sa prose anglaise, et à son art du reportage. Zhang Lianhong, directeur du Centre de recherche sur le massacre de Nankin à l’Université normale de Nankin, a souligné que, dans les années 1990, le Japon procéda à plusieurs reprises à un travail de révision historique, ce qui retint l’attention de la communauté internationale.Iris Chang écrit, dans son livre : « Le massacre de Nankin compte parmi les atrocités les plus odieuses, et les plus vastes, de toute l’histoire humaine. L’objet de ce livre est d’établir les faits, d’en tirer les leçons, de faire que le tocsin du souvenir résonne longuement. » La réalisation du documentaire Iris Chang incitera, sans doute possible, beaucoup d’autres encore à reprendre l’œuvre qu’Iris Chang laissa inachevée.Liu Meiling, vice-présidente de la section de Toronto d’ALPHA Canada, qui produit le film, a déclaré que celui-ci entrait dans la phase ultime du montage, et qu’il était attendu, dans plusieurs versions linguistiques, lors d’une sortie mondiale en décembre. On espère que le film sera également diffusé au Japon — pour porter un message de paix, et pour donner une seconde fois témoignage à l’histoire du Nankin de 1937.L’une des deux réalisateurs, Anne Pick, a déclaré que le film, par les yeux d’une jeune femme courageuse, témoigne d’événements qui font dresser les cheveux sur la tête. L’autre, Bill Spahic, espère que, par une candidature aux Oscars, la vérité du massacre de Nankin parvienne à être connue de la planète entière.Iris Chang : Le Viol de Nankin n’est pas seulement un mémorial à la vie d’Iris Chang, mais aussi une profonde réflexion sur l’histoire même — un film par lequel nous puissions mieux connaître ce qui fut, garder le passé en mémoire, et nous acheminer ensemble vers un avenir de paix.  Note : Le présent texte est un extrait de l’International Herald Leader : « Le Viol de Nankin : films sur la guerre de résistance et leur diffusion mondiale » (6 juillet 2007)."
    } ,
  
    {
      "title"  : "Glenn Zuckerman en conversation avec Iris Chang — Bref relevé, 24 avril 2004",
      "url"    : "/fr/posts/273nAOdo_ek/",
      "date"   : "24 April 2004",
      "image"  : "/images/19.jpg",
      "content"  : "Glenn Zuckerman a réalisé, en mémoire de la regrettée écrivaine Iris Chang, une encaustique et un collage. L’œuvre, peinte sur un panneau de bois découpé à une forme particulière, est aujourd’hui accrochée dans son salon."
    } 
  
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